Le Message Originel de l’Islâm

Par Farid Gabteni

 

Après avoir examiné les connaissances au sujet de la science et de la foi et avant d’aborder la question du Message originel de l’Islâm, je tiens à préciser que la validité scientifique de mes travaux est reconnue et incontestée par les spécialistes. Parmi ces derniers, certains – musulmans traditionalistes – émettent néanmoins des réserves quant aux conclusions issues de mes recherches, c’est-à-dire la désacralisation du traditionalisme idéologique et le rétablissement, purement et simplement, de l’Islâm originel (610-632). Mon œuvre s’adresse, certes, aux musulmans mais aussi, sinon plus, aux non-musulmans ; afin de distinguer le vrai du faux, l’Islâm originel de l’islam détourné et instrumentalisé.
J’ai appris le Qorân, le ḥadîth, la sunnah/sîrah, la théologie et la jurisprudence via l’enseignement et la vision de grands docteurs (Σulamâ), références en matière de traditionalisme. Par conséquent, je suis moi-même devenu traditionaliste (modéré؟) pendant quelque temps. Cependant, lorsque je me suis spécialisé et que j’ai étudié entre autres l’historiographie, j’ai alors rouvert le Qorân avec une approche scientifique pluridisciplinaire ; quel ne fut mon étonnement de découvrir que le Message originel de l’Islâm énoncé dans le Corpus du Qorân fait sérieusement objection à beaucoup d’assertions incluses dans les écrits multiples de la tradition, alors que ceux-ci constituent la base de l’idéologie traditionaliste.
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Étymologiquement, en langue arabe, l’Islâm (الإسلام) signifie la Pacification : l’action de pacifier, d’établir, de rétablir et de maintenir la paix ; la soumission par la paix à Dieu. L’Islâm est l’activation de la paix (al-silm, al-salâm, السّلم السّلام) : celui qui se soumet à Dieu se pacifie (yuslim, يسلم), fait cesser les troubles de son esprit, les mouvements de révolte en lui et autour de lui ; il est pacifié, musulman (muslim, مسلم), et pacifiste (mussâlim, مسالم) : il aspire à la quiétude, à la sûreté et à la tranquillité, il n’est pas pour, ou dans, le trouble et la révolte ; en conséquence, il acquiert un cœur paisible (salîm, سليم), sain et saint, en paix avec Dieu et Sa Création.
Le contexte historique de l’avènement de l’Islâm partage certains points communs avec notre époque. De même qu’aujourd’hui, le monde connu était dominé, au début du septième siècle, par des puissances antagonistes, les empires perse et byzantin. Il existait d’autres civilisations, tels les grands peuples de l’Inde et de la Chine, sans oublier les civilisations précolombiennes, d’autres pays riches et d’autres pays pauvres. Il y avait aussi des peuples frustes et des tribus qui, depuis des siècles, perpétuaient les mêmes modes de vie, comme subsistent de nos jours quelques groupes vivant en marge de la civilisation…
Les préoccupations d’ordre philosophique et les croyances religieuses des tribus d’Arabie étaient très archaïques comparées aux religions existantes, qu’elles soient monothéistes, Judaïsme, Christianisme et Zoroastrisme, alors répandus dans le monde connu, jusque dans les régions les plus reculées du désert d’Arabie, ou considérées comme polythéistes, Taoïsme, Shintoïsme, Hindouisme, Bouddhisme…
Le polythéisme et l’idolâtrie qui régnaient dans les tribus d’Arabie étaient tels que les représentations des dieux étaient elles-mêmes considérées comme réellement divines, et personnifiées en tant que telles. Et même si leurs adeptes croyaient en un Dieu des dieux, celui-ci n’était pas assuré de sa supériorité, il était mis en compétition avec les divinités mineures qui, bien souvent, étaient plus vénérées que lui. Le degré d’évolution des Arabes, donc, comparé à celui des grandes civilisations de leur temps, était très fruste.
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Le contexte historique, religieux et socioculturel dans lequel vécut Mohammed[1], sceau des Prophètes, est comparable à celui d’Abraham, père des musulmans. Celui-ci vécut à une époque où les sacrifices humains, particulièrement d’enfants, n’étaient pas rares. Dans l’Arabie du début du septième siècle, la pauvreté conduisait certains à tuer leurs enfants. D’autres enterraient leurs filles vivantes, par honte ou par peur du déshonneur, surtout si elles étaient premières-nées. Il arrivait aussi que l’on immole un premier ou un dernier-né mâle, à la suite d’une promesse faite à une idole. Ainsi, l’Islâm surgit là où dominait l’obscurantisme de l’ignorantisme[2], dans le désert.
À l’origine, un homme, Mohammed, auquel les idoles répugnaient. Il était surnommé al-amîne : “l’assureur, le digne de confiance”. C’est à lui que Dieu accorda la Révélation, par l’intermédiaire d’un ange, Gabriel (Jibrîl). Mohammed se trouvait dans une grotte nommée Ḥirâ’[3], dans laquelle, depuis cinq ans, il se réfugiait pendant le mois de ramaḍân, pour y réfléchir sur la création des cieux et de la Terre. Quant au reste de l’année, il gérait les affaires de sa femme et accompagnait des caravanes à travers le désert.
Dieu choisit toujours des hommes humbles, mais non ordinaires. Il leur accorde de Sa lumière, c’est-à-dire de Sa science, et Il en fait des guides, des modèles, des exemples, pour ceux qui savent réfléchir et raisonner. En choisissant Mohammed, Dieu a distingué un homme qui vivait tout à fait normalement et simplement, et Il lui a révélé, comme à tous les Prophètes, qu’Il Est son Dieu, Le Dieu de tous les hommes, de toute la création. Il Est Le sans-début-ni-fin, Il Est, Il Était, Il Sera toujours ; Il Est un Trésor caché, Il Crée et Se fait Connaître. Dans le Qorân, il est dit : « Et comme cela Nous avons Révélé vers toi un esprit de Notre Ordre, tu ne saisissais ce qu’est l’écrit et ni l’assurance (foi, croyance), mais Nous l’avons Formé lumière, Nous Guidons par elle quiconque Nous Chosons de Nos Serviteurs (…) 52 »[4] ; « Et tu ne relatais d’écrit, d’avant lui [le Qorân], et ne le traçais par ta droite (…) 48 »[5]
Dieu lui donna la lumière, la science contenue dans le Qorân, le Livre Discernant (al-furqân) : le Livre de Dieu, afin qu’il le transmette aux hommes. Riche grâce à sa femme, estimé de ses parents et amis, considéré par ses concitoyens, Mohammed, devenu le dépositaire de la vérité, allait être éprouvé par le mal et par le bien, comme tous les Envoyés et Prophètes de Dieu avant lui, comme tous les justes, comme tous les hommes. « Et assurément la dernière [l’au-delà] est meilleure pour toi, de la première (l’ici-bas) 4 Et assurément, distanciement, te Donnera Ton Maître, alors tu agréeras 5 Ne t’a-t-Il Trouvé orphelin (privé), alors Il a Réfugié ? 6 Et Il t’a Trouvé égaré, alors Il a Guidé 7 Et Il t’a Trouvé haussier (courtier), alors Il a Enrichi 8 Alors quant à l’orphelin (privé), alors n’opprime 9 Et quant au quêteur, alors ne reflue 10 Et tant par la Grâce de Ton Maître, alors énonce 11 »[6]
Mohammed reçoit un nouveau Livre Révélé, le Qorân. Celui-ci crédibilise, restaure et complémente les révélations antérieures, il est dans la continuité du Message divin transmis par chaque Prophète, en son temps et à son peuple. En cela, Mohammed est le sceau des Prophètes, avec lui la Créance, la Religion, est parachevée, le monothéisme est fixé définitivement. « Mohammed n’était le père d’aucun de vos hommes, mais l’Envoyé de Dieu, et le sceau des annonciateurs (prophètes) ; et Dieu était par [7] toute chose Savant 40 »[8] ; « (…) Ce jour J’ai Complémenté pour vous votre créance (religion) et J’ai Parfait sur vous Ma Grâce, et J’ai Agréé pour vous la Pacification (l’Islâm), créancier (religiosité) (…) 3 »[9] ; « Certes la créance (religion) Chez Dieu est la Pacification (l’Islâm) (…) 19 »[10]
Dès lors, le polythéisme qui, malgré l’émergence des religions monothéistes, restait largement prépondérant depuis les temps les plus reculés, se mit à décliner, d’autant plus que de nos jours, avec l’essor sans précédent des sciences, le thème central, même et surtout chez les savants, c’est Dieu L’Unique : « AU NOM DE DIEU L’ORIGINE L’ARRANGEANT. Dis : “Il Est Dieu Unique 1 Dieu L’Absolu 2 Il n’a enfanté et Il n’a été enfanté 3 Et Il n’a eu pour Lui un comparable, aucun” 4 »[11]
« (…) Ce jour J’ai Complémenté pour vous votre créance (religion) et J’ai Parfait sur vous Ma Grâce, et J’ai Agréé pour vous la Pacification (l’Islâm), créancier (religiosité) (…) 3 »[12]. Ce verset est le dernier à avoir été révélé, le point final de la Révélation. L’Islâm, première et dernière religion révélée, était entier et agréé comme tel à partir de ce jour. Tout ajout postérieur à cette révélation relève des multiples circonstances de l’histoire des musulmans, et ne peut être considéré comme faisant partie du canon de l’Islâm. Dire le contraire, c’est énoncer que la Religion n’a pas été complémentée à la révélation de ce verset, contrairement à ce qu’il affirme.
Ainsi, depuis Âdam, premier humain, jusqu’à Mohammed, sceau des Prophètes, en passant par Abraham, Moïse et Jésus, le Message divin a toujours été le même, véhiculé sous différentes formes et parachevé avec l’Islâm.
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Avec le Qorân, Mohammed recevait la première et dernière religion avec toujours le même message : Dieu t’a doué de raison, étudie le passé et le présent, apprends par la science et la connaissance, observe le ciel, les astres, la Terre, la mer, la vie, la mort, toute chose petite et grande. Alors, tu connaîtras, tu Le connaîtras, tu pourras alors témoigner qu’il n’y a de dieu que Dieu, et tu sauras comment et pourquoi vivre. Tu n’adoreras pas, tu ne serviras pas d’autres “dieux” que Dieu L’Unique, Le Vrai, ainsi tu œuvreras avec équité et bonté, tu ne feras pas le mal, tu ne corrompras pas en la Création. Tu agiras ainsi, car tu sauras qu’Il Est Dieu et qu’Il est Celui qui Crée et qui Juge.
« Dieu Est La Lumière des cieux et de la terre. L’exemple de Sa Lumière est comme un foyer ; en lui une lampe, la lampe est en une lanterne, la lanterne est comme une étoile atomistique attisée d’un arbre Béni, olive, ni oriental (ni splendide) et ni occidental (ni terne), son huile feinte de flamboyer et [même] si un feu ne l’a touché : lumière sur lumière. Dieu Guide pour Sa Lumière quiconque Il Chose, et Dieu Applique les exemples pour les gens ; et Dieu par toute chose Est Savant 35 »[13] ; « Certes Nous avons fait Descendre sur toi l’écrit, pour les gens, par le vrai ; alors quiconque s’est guidé, alors c’est pour son être, et quiconque s’est égaré, alors certes qu’il s’égare sur lui ; et tu n’es sur eux par un mandant 41 »[14]
« Alors adresse ta face, pour la créance (religion), converti, Façon de Dieu, celle sur laquelle Il a Façonné les gens, non changement pour la Création de Dieu ; cela est la créance (religion) dressée, mais la plupart des gens ne savent 30 »[15]. Religion de la bonne et belle œuvre, du juste milieu, de la modération, l’Islâm est la religion de la science, de la connaissance de Dieu par Sa création. L’un des éléments, et non des moindres, qui distingue le Qorân des révélations antérieures est son insistance sur les notions de science et de connaissance. D’ailleurs, le premier mot de la Révélation à Mohammed fut : « Iqra’ ! (Lis !) » ; « Lis Par Le Nom de Ton Maître, Celui Qui a Créé 1 A Créé l’humain d’une adhérence 2 Lis, et Ton Maître Est Le Plus-Abondant 3 Celui Qui a fait Savoir par le calame 4 A fait Savoir à l’humain ce qu’il ne savait 5 »[16]
Quant au premier homme désigné comme humain, c’est Âdam et la première fois qu’il est cité dans le Qorân, Dieu dit : « Et Il a fait Savoir à Âdam les noms, tous. (…) 31 »[17]. Il est ainsi clair que, dans le Qorân, le début de l’être humain est lié à la connaissance. La première chose de Dieu, que reçut Âdam, c’est le savoir de tous les noms, et le premier ordre de Dieu à Mohammed fut : « Lis ! ». Le Message de Dieu à l’homme, depuis le début jusqu’à Mohammed et jusqu’à la fin des temps, c’est : Lis, apprends, connais la création de Dieu, pour connaître Dieu et agir en conséquence ; c’est-à-dire bien et avec bonté, car tu seras jugé. Et le Jour de la Résurrection : « (…) Ceux à qui a été Rapporté le savoir ont dit : “Certes l’avilissement, ce jour, et la souillure sont sur les dénigrants” 27 »[18] ; « Et ceux à qui ont été Rapportés le savoir et l’assurance (foi, croyance) ont dit : “Assurément déjà vous êtes demeurés en l’Écrit de Dieu vers le jour de la résurrection, alors ceci est le jour de la résurrection ; mais vous ne saviez” 56 »[19]. C’est dire à quel point le savoir constitue le premier commandement de Dieu dans l’Islâm.
Tendre son attention et sa réflexion à ce que l’on dit, à ce que l’on entend et à ce que l’on voit, c’est prendre conscience des choses, de soi et d’autrui. Déchiffrer correctement par-delà ce que l’on dit, ce que l’on entend et ce que l’on voit, c’est prendre conscience de la totalité des choses, de soi et d’autrui. Par-delà les deux ensembles se trouve Le Vrai, Le Réel Ineffable.
Dans le Qorân, très nombreux sont les versets qui valorisent la réflexion, le raisonnement et mentionnent les savants : « (…) alors narrativise la narration ; peut-être réfléchiront-ils ! 176 »[20] ; « (…) et tels exemples, Nous les Appliquons pour les gens ; peut-être réfléchiront-ils ! 21 »[21] ; « (…) comme cela Nous Détaillons les signes, pour une communauté [de ceux] qui réfléchissent 24 »[22] ; « (…) Comme cela Dieu Explicite pour vous les signes (versets) ; peut-être réfléchirez-vous ! 219 »[23] ; « Ceux qui remémorent Dieu, dressés et fondés et sur leurs côtés, et réfléchissent en la création des cieux et de la terre : “Notre Maître ! Tu n’as créé ceci faussement ; Gloire à Toi ! Alors Prémunis-nous du tourment du feu” 191 »[24]
« Il Est Celui Qui a Formé le soleil flamboiement, et la lune lumière et Il l’a Mesurée descensionnelle ; pour que vous sachiez le nombre des années et le calcul ; Dieu n’a Créé cela que par le vrai ; Nous Détaillons les signes pour une communauté [de ceux] qui savent 5 »[25] ; « Et de Ses Signes : la création des cieux et de la terre, et la divergence de vos langues et de vos couleurs ; certes en cela des signes pour les [mondes] savants 22 »[26] ;« Et tels exemples, Nous les Appliquons pour les gens, et ne les raisonnent que les savants 43 »[27] ; « (…) certes qu’appréhendent Dieu les savants de Ses Serviteurs ; certes Dieu Est Considérable, Pardonnant 28 »[28] ; « Plutôt il est des signes explicites en les poitrines de ceux à qui a été Rapporté le savoir ; et ne dénient par Nos Signes que les obscurantistes (injustes) 49 »[29] ; « (…) Dieu Élève ceux qui ont assuré (cru) de vous et ceux à qui a été Rapporté le savoir, des degrés ; et Dieu par ce que vous œuvrez Est Informé 11 »[30]
 
Dénier au Qorân son aspect scientifique, c’est ignorer ou oublier que les savants et la civilisation islamiques sont le fruit d’une culture qoranique qui incite à la réflexion et à la recherche scientifique. L’influence et l’apport du Qorân aux savants musulmans sont incontestables et historiquement démontrés.
Les savants musulmans étaient tous croyants, formés par l’étude du Qorân. Quasiment tous devinrent théologiens, avant de se spécialiser dans diverses disciplines scientifiques. Ils enrichirent la Science de leurs connaissances et de toutes celles acquises tout au long de l’histoire de l’humanité. Leurs travaux sont considérés de nos jours comme précurseurs des sciences modernes. A maintes reprises, ces savants ont témoigné que l’étude approfondie du Qorân était bien à l’origine de leur vocation scientifique.
 « Et ceux à qui ont été Rapportés le savoir et l’assurance (foi, croyance) ont dit (…) 56 »[31]. Dans ce verset, le mot “savoir” précède le mot “foi”, tous deux devant être considérés simultanément, l’un avec l’autre. En effet le résultat du savoir conjugué à la foi est la paix, la sérénité, un cœur paisible, sain et saint. Sans savoir ni discernement, toute croyance est tributaire des circonstances et de la passion, qui mènent au meilleur et/ou au pire ; l’Histoire nous le prouve.
Tous les savants musulmans, sans exception, étaient qoranistes, comme l’était le Prophète lui-même ; et tous les extrémistes, déviationnistes, étaient traditionalistes, ceux d’aujourd’hui ne le sont pas moins ; c’est tout dire. Les musulmans de progrès et de Science ont transmis à l’humanité le socle de toutes les connaissances modernes. L’Islâm est la seule religion au monde à être à l’origine d’une civilisation des sciences. Quant aux rétrogrades, aux fanatiques et aux criminels, ils ont toujours été, de tout temps et dans toutes les sociétés, des maux dont l’humanité doit se guérir.
En outre, pour être Musulman, il faut témoigner qu’il n’y a de dieu que Dieu. Et pour être un véritable témoin, pour pouvoir attester de la vérité, de la réalité, il faut un savoir, une connaissance des faits et des choses. Ce savoir acquis, on accède alors à la foi par la raison et le cœur, on devient humble dans la paix et l’amour de Dieu, on sait d’où l’on vient et où l’on va, on agit avec bienveillance et bienfaisance, on distingue le bien du mal, le vrai du faux. Le Musulman qui sait est un être de Paix, tolérant, bon, bienveillant et bienfaisant ; il croit au Dieu Unique, sans associé, au Dieu d’Israël, du Christ, de Mohammed, au Dieu de tous les hommes sans distinction, au Dieu des cieux, de la Terre et de ce qu’il y a entre eux, au Dieu de ceux qui vivent dans les cieux et sur la Terre. Et certes si la Créance, la Religion, chez Dieu est l’Islâm, Il Élève qui Il Veut et Il Pardonne à qui Il Veut. Donc point d’exclus, et toutes Ses créatures entrent dans Sa Miséricorde. Et j’affirme que ce n’est pas là un point de détail.
« Et pour que sachent ceux à qui a été Rapporté le savoir, que certes c’est le Vrai de Ton Maître, alors ils assurent (croient) par lui, alors s’ascétisent pour lui leurs cœurs ; et certes Dieu Est Assurément Guidant ceux qui ont assuré (cru) vers un itinéraire droit 54 »[32]
 
Le Qorân n’est pas un livre ésotérique, réservé aux seuls initiés ; il est expressément exotérique en ce qu’il peut et doit être divulgué et enseigné publiquement. Néanmoins, du fait de sa nature divine, le texte comporte et véhicule plusieurs niveaux de lecture juxtaposants et complémentaires ; aucune exégèse, littérale ou anagogique, ne peut s’en affranchir. Cela étant, le sens signifié s’infère avec une probabilité optimale de l’analyse du discours, spécifique ou générique. Le Qorân est donc accessible à tous les humains doués de raison et de bon sens ; il est hermétique pour les sourds qui ne veulent pas entendre et les aveugles qui ne veulent pas voir.
Je démontre tout au long de mon ouvrage, à travers des dizaines d’exemples, que le Qorân insiste et incite à la réflexion, au raisonnement et à la recherche du savoir ; par conséquent, à la connaissance de Dieu. Le Qorân n’est pas loi en soi mais Révélation, il est Religion en ce qu’il établit un rapport de l’homme à l’Ordre du Divin, d’une Réalité Supérieure, qui se concrétise par le Savoir, la Foi, la Bienveillance, la Bienfaisance, l’Ordonnance du bien, l’Abstention du mal, la Pacification et la Paix ; tel est le Message originel de l’Islâm.
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Contrairement à la Bible et à la plupart des livres sacrés, qui relatent chronologiquement l’histoire de la création, du monde, de l’homme, des Prophètes et des Messagers, le Qorân lui, à part pour Joseph ou exceptionnellement, ne rapporte pas les événements d’un seul tenant, dans un chapitre donné, mais fragmentés et présentés de manière non linéaire, dans l’ensemble du corpus. Il ne s’agit pas de relater, forcément, des faits historiques en soi, mais de susciter la recherche, l’analyse et la réflexion scientifiques, qui hissent l’âme à l’Islâm. À l’opposé de ce que pensent et prêchent certains, le Qorân ne se présente pas comme un livre d’histoire, ni comme un code civil et pénal, au sens littéral des mots. Sa compréhension profonde passe par une analyse pluridisciplinaire rigoureuse, à la jumelle, à la loupe et au microscope. Il est la Révélation de Dieu, Sa Parole adressée à la raison et au raisonnement de l’homme.
« Et assurément déjà Nous avons fait Varier pour les gens, en ce Qorân (cornant), de tout exemple ; alors la plupart des gens [n’]ont opiniâtré que dénigrements 89 »[33] ; « Si Nous avions fait Descendre ce Qorân (cornant) sur une montagne, assurément tu l’aurais vue révérencieuse, fissurée de l’appréhension de Dieu ; et tels exemples, Nous les Appliquons pour les gens ; peut-être réfléchiront-ils ! 21 »[34]
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De tous les Attributs dont Dieu se qualifie Lui-Même dans le Qorân, celui de Maître des Mondes, si souvent répété, quarante-deux fois sous cette forme, met en avant l’universalité de l’Islâm, la religion à laquelle sont invités tous les hommes. Dieu n’est pas le Maître du seul ciel et de la seule Terre, Il est le Maître des Mondes : des cieux, de la Terre et de ce qui est entre eux. Cet énoncé, s’il échappait partiellement à la compréhension des premiers musulmans, prend toute sa signification à la lumière des connaissances modernes. « Pharaon a dit : “Et qu’est-ce Le Maître des mondes ?” 23 Il [Moïse] a dit : “Le Maître des cieux, et de la terre, et de ce qui est entre les deux ; si vous étiez certains !” 24 »[35] ; « Certes Votre Dieu Est Assurément Un 4 Le Maître des cieux, et de la terre, et de ce qui est entre les deux ; et Maître des orients (des splendeurs) 5 »[36]
Au milieu de milliards de galaxies et de systèmes solaires, si les scientifiques se posent encore la question de savoir s’il y a d’autres êtres vivants dans l’Univers, le Qorân, lui, l’affirme : « Et pour Dieu se prosternent ce qui est en les cieux et ce qui est en la terre d’animé, et les anges (possesseurs) et eux ne s’enorgueillissent 49 Ils ont peur de Leur Maître d’au-dessus d’eux, et ils font ce qui leur est Ordonné 50 »[37]
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Dans le désert, il y a plus de mille quatre cents ans, Dieu Révèle à Mohammed que ce Livre, le Qorân, ce rappel qu’Il adresse aux hommes, ne connaîtra pas d’altération, car c’est Lui Dieu qui le Préserve. Et en effet, le Qorân est aujourd’hui considéré par les spécialistes comme le livre sacré le plus conforme à ce qu’il était à l’origine. « Certes Nous, Nous avons fait Descendre la remémoration et certes Nous Sommes, pour elle, assurément Conservant 9 »[38]. Cela fait, il reste encore à accéder au cœur de son message : « Certes il est assurément un Qorân (cornant) abondant 77 En un écrit abrité 78 Ne le touchent que les purifiants 79 Descension du Maître des mondes 80 »[39] ; « Plutôt il est Qorân (cornant) prestigieux 21 En un perçu Conservé 22 »[40]
Au temps du Prophète, chaque civilisation avait ses valeurs propres, et les notions du bien et du mal étaient différentes d’un peuple à l’autre. L’humanité a atteint, depuis la deuxième moitié du vingtième siècle, un haut niveau de civilisation et de connaissance ; les sciences et les technologies connaissent un essor sans précédent. Mais pour ce qui est de la faillibilité de l’homme : si le décor a changé, la mentalité est restée généralement la même. La corruption et le mal prédominent encore, ils ont pour noms : injustice, manipulation des masses, obscurantisme, misère, guerres, massacres, crises et trafics en tout genre, dégradation de l’environnement, extinction des espèces, pollution, changement climatique… « La corruption s’est manifestée en le sol et l’océan par ce qu’ont acquis les mains des gens, pour qu’Il leur fasse Goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré ; peut-être reviendront-ils ! 41 »[41]
 
De nos jours l’Islâm et les musulmans sont devenus la hantise du monde, le plus souvent on n’en parle qu’en termes de guerre, de terrorisme, d’immigrés ou de migrants. En Afrique, en Asie, en Amérique du Sud et ailleurs dans le monde, des forêts sont dévastées, des lacs et des rivières sont asséchés, des terres et des villages sont engloutis, des populations entières sont déplacées, des millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, des centaines de milliers sont victimes de la famine, de meurtres, d’enlèvements, du trafic d’organes, des millions de femmes sont battues et violentées, des centaines de milliers d’enfants sont esclaves… Cela, on n’en parle qu’au-delà d’un certain seuil dans l’horreur ; ou alors à l’occasion de la coupe du monde de football.
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Autre paradoxe, tandis que l’Islâm rayonne, s’étendant aux sphères scientifiques, le monde musulman actuel, lui, loin d’être le modèle à suivre, est à la dérive. Ces deux constats suffisent à prouver que l’Islâm se distingue, par son originalité divine, des musulmans, faillibles par nature. Et il est dit dans le Qorân : « Dieu Veut pour qu’Il Explicite pour vous et qu’Il vous Guide, les modes de ceux d’avant vous, et qu’Il Révise sur vous ; et Dieu Est Savant, Jugeant 26 Et Dieu [ne] Veut que Réviser sur vous, et ceux qui suivent les désirs veulent que vous vous incliniez, une inclinaison immense 27 Dieu [ne] Veut qu’Alléger de sur vous, et l’humain a été Créé faiblet 28 »[42]
L’Islâm se manifeste ne serait-ce que numériquement, avec près de deux milliards de fidèles sur la planète et l’accroissement continu en nombre de ceux qui l’embrassent, ce qui en fera à terme la première religion sur la Terre. L’avancée de l’Islâm, contrastant avec la dégénérescence de certains musulmans, s’explique par l’universalité de son message originel, que ne peuvent contenir les vicissitudes auxquelles sont confrontés les musulmans depuis des siècles. « Il Est Celui Qui a Envoyé Son Envoyé par la guidance et la créance (religion) du vrai, pour qu’Il la Manifeste sur toute créance (religion) ; et [même] si ça a contraint les associants 9 »[43]
Simultanément, l’apparition du charlatan[44] et du charlatanisme est désormais effective dans le monde ; ils ont pour caractéristique de se présenter par de faux-semblants de vertu et de piété. Nombreux sont ceux qui y croient, jusqu’à ce que la lumière de la connaissance, irrévocablement, se manifeste et permette de confondre ces forces obscures et malfaisantes. Sous le couvert d’un islam dénaturé par les ignorantistes, des fanatiques, corrupteurs de la foi, à l’aise dans l’ignominie, commettent les pires crimes contre Dieu et l’humanité. Dénaturant l’Islâm et toutes les valeurs morales, universelles, ils cultivent la discorde, la haine de l’autre, la violence et le sectarisme. S’il est indéniable que ces criminels démoniaques visent et menacent la civilisation dans son ensemble, les musulmans sont les premières victimes de leurs théories et de leurs pratiques cauchemardesques.
Les criminels n’ont pas de religion, leurs extases sont le meurtre, la destruction et la corruption sur Terre. L’Islâm condamne les charlatans diaboliques et assassins, malheur à eux dans ce monde et dans l’autre. L’Islâm est innocent des crimes, des cruautés et des massacres perpétrés faussement en son nom par des hérétiques, déviationnistes et criminels. Ceux-là sont plutôt les suppôts du mal, pervers et corrupteurs en la Terre. Dieu n’aime ni l’agression ni les agresseurs, et encore moins les corrupteurs en la Terre, les assoiffés de sang et les bouchers criminels.
Le cœur du problème au sujet du terrorisme perpétré au nom de l’Islâm est l’idéologie obscurantiste, fanatisante et violente, qui prêche la haine et le meurtre. C’est ce genre d’idéologie hérétique, contraire et traîtresse à l’Islâm originel, qui influe sur les ignares et les esprits fragiles et en fait des démons criminels. Nous devons informer, enseigner et sensibiliser les musulmans à l’Islâm originel, vecteur de science, de progrès, de tolérance, de paix et de civilisation.
La Foi est intimement liée à la bonté et à la bienveillance. Le désarroi, lui, est intérieurement relié à la brutalité et à la violence. De son vivant, le Prophète n’a jamais entrepris de guerre offensive ; toutes celles qu’il dut mener étaient défensives ou (plus exceptionnellement) préventives[45]. Ceux après lui qui ont agi différemment en portent seuls la responsabilité devant Dieu et l’Histoire. L’Islâm originel appelle à l’humanisme et à l’universalisme, contrairement au traditionalisme idéologique qui mène au communautarisme et au repli identitaire. Le premier est l’Enseignement de Dieu, Maître des mondes ; le second est l’embéguinement des sectaires, doctrinaires et bornés.
Certains, égarés, passent leur temps à s’entre-déchirer, souvent le plus sincèrement du monde. Les uns et les autres clamant “Dieu Est Le Plus-Grand !” et, dans un camp comme dans l’autre, ils prétendent défendre la juste cause de Dieu. Ils sont dans un état de restriction mentale par où l’ignorantisme perpétue l’obscurantisme, la superstition et la violence. Beaucoup sont devenus otages ou marionnettes d’un dogmatisme et d’un passé révolus. Que dire d’autre que : « Lâ ḥawla wa lâ quwwata illâ billâh, pas d’environnement et pas de force que par Dieu ? ». « Dis : “Ô familiers de l’écrit ! Ne vous déchaînez en votre créance (religion), différents du vrai, et ne suivez les penchants d’une communauté [de ceux] qui déjà se sont égarés auparavant, et ont égaré beaucoup, et se sont égarés, de sur la justesse du chemin” 77 »[46]
Pour exemple, ΣÂshûrâ, une fête pour certains, durant laquelle on se réjouit ; un deuil pour d’autres, durant lequel on se flagelle. Il ne devrait être ni une réjouissance ni une mortification par flagellation. Les historiens musulmans, tous sans exception, rapportent que le dernier et bien-aimé petit-fils du Prophète, Al-Ḥussayn, fut tué et décapité par de prétendus musulmans le jour de Σâshûrâ (10-01-61 H/10-10-680 G). Qui donc peut se prévaloir de la communauté de Mohammed et se réjouir ce jour-là ? Comment peut-on également se mortifier par flagellation alors que l’Islâm réprouve totalement ce procédé ? Ce jour devrait être une occasion de recueillement et de réflexion sur notre histoire d’hier et d’aujourd’hui en vue de nous optimiser demain.
Par ailleurs, concernant les anniversaires des Prophètes, Moïse, Jésus et Mohammed ne célébraient pas l’anniversaire de leur naissance ; les juifs, les premiers chrétiens et les premiers musulmans ne fêtaient pas non plus le jour anniversaire de la naissance de leurs Prophètes. Plus encore, dans l’histoire des religions, nous ne trouvons nulle trace d’un Prophète qui aurait initié ses disciples à de telles célébrations. Ceci dit, il est utile de préciser que de telles remémorations ne peuvent être considérées comme illicites tant qu’elles ne sont pas sacralisées.
Le Prophète nommait et envoyait officiers et instructeurs pour enseigner le Monothéisme par l’Islâm (la Pacification). Il n’institua pour autant ni clergé ni gouvernement, et il ne désigna personne, précisément et indiscutablement, pour exercer un pouvoir politique et/ou religieux après lui. L’Islâm originel n’a donc pas légitimé l’instauration d’un establishment, de quelque manière ou nature que ce soit ; le traditionalisme idéologique, lui, si, et il continue à le faire. L’Islâm véhicule la philosophie de la vie ; le traditionalisme, une idéologie systémique.
L’Islâm ne peut donc être représenté ni par un clergé ni par des dignitaires religieux et encore moins par une institution étatique. Quant aux docteurs en religion islamique, ils ne peuvent bénéficier que d’une seule prérogative, celle d’émettre des avis.
Après la mort du Prophète Mohammed (632), plusieurs événements et circonstances de l’Histoire, qu’il serait long d’énumérer ici, ont amené les uns et les autres à légiférer dans tous les domaines, certains interprétant le Qorân et la conduite du Prophète conformément à ce qu’ils croyaient être juste de leur point de vue, et d’autres en fonction de leurs intérêts. C’est ce qui donna naissance à la sharîΣah, la législation, la théologie et la jurisprudence chez les musulmans. Aujourd’hui plus qu’hier, nous avons le devoir d’étudier et d’examiner en détail et en profondeur, objectivement, historiquement et scientifiquement, l’Islâm du vivant du Prophète et ce qu’il en est advenu depuis sa mort, comment sont nées la théologie et la jurisprudence chez les musulmans ; afin de pouvoir revenir au Message véritable et originel de l’Islâm.
Dieu a Enseigné à l’humain les noms, tous (chap. 2, v. 31) ; pour analyser, réfléchir, discerner et légiférer en conséquence. La seule sharîΣah (Loi, Législation) de Dieu, immuable et inviolable, se trouve être les lois de la physique, inaltérées et inaltérables depuis la création de l’univers. Toute autre loi est circonstancielle de temps, de lieu, de cause et de but. Les ignares et les fanatiques sont comme l’illustre le verset 179 du chapitre 7 du Qorân : « (…) pour eux des cœurs, ils n’instruisent par eux, et pour eux des yeux, ils ne regardent par eux, et pour eux des oreilles, ils n’entendent par elles ; ceux-là sont comme les troupeaux, plutôt ils sont plus-égarés ; ceux-là sont les distraits »
Pour le Musulman qui sait, seul le Qorân est Révélation de Dieu, donc Sacré ; le reste n’est que composition des hommes, donc faillible. Le Qorân affirme clairement la liberté de conscience et d’expression, je dirais même la liberté tout court. Ainsi, lorsque Dieu Annonça aux anges qu’Il allait former un successeur (à ce qui a précédé) en la Terre, ceux-ci rétorquèrent alors : « Formes-Tu en elle qui corrompt en elle et répand les sangs ? (…) ». Dieu ! Loin de leur reprocher cette réflexion, leur Répond et Argumente Sa Décision : «  (…) Certes Je Sais ce que vous ne savez »[47]. Plus encore, dans le Qorân, il est même permis au diable de désobéir à Dieu, de justifier sa désobéissance et de faire le mal (à ses risques et périls). Pour quiconque réfléchit, tout est dit, au sujet de la liberté, dans ce que je viens d’énoncer. L’ensemble du Qorân illustre, à travers nombre d’exemples, la liberté de conscience et d’expression.
L’idéal de liberté n’est pas le propre de l’homo occidentalis mais celui de la nature humaine ; le mot liberté a été clamé, tout au long de l’histoire de l’humanité, par tous les opprimés, de toutes les nations, sur toute la Terre. L’universalité de ce noble mot a été consacrée par la lutte des peuples colonisés, dépouillés et asservis ; la liberté est inhérente à l’évolution et à l’accomplissement de l’humain.
Les derniers pays à avoir aboli l’esclavage étaient dits “musulmans”, en contradiction totale avec les préceptes du Qorân et la conduite du Prophète incitant à l’affranchissement des esclaves. De même, transposant hors contexte des versets qoraniques, circonstanciels d’époque, de lieu, de cause et de but, les traditionalistes prêchent le maintien de la femme sous la tutelle de l’homme ; en se fiant sans discernement à leur discours, trop de musulmans sont malheureusement encore à la traîne pour ce qui concerne l’émancipation des femmes. Cela, encore une fois, est en contradiction totale avec le Cœur du Qorân et le Message originel de l’Islâm.
Tous les êtres humains, hommes et femmes, naissent et demeurent indispensablement libres et égaux en dignité et en droits devant Dieu, jusqu’au jugement dernier ; la lecture analytique de l’ensemble du Qorân ne laisse aucun doute à ce sujet. Les traditionalistes musulmans déviationnistes, qui définissent les mots en en distordant le sens et hors du contexte qoranique, ne font pas mieux que leurs homologues juifs et chrétiens, qui prêchent que la femme est la première à avoir commis le péché originel, et encore, ceux-ci rapportent cela littéralement de leurs Bibles[48].
Pour prouver que la femme n’est pas l’égale de l’homme et qu’elle doit être sous la tutelle de celui-ci, les traditionalistes déviationnistes avancent entre autres comme argument que Dieu n’a pas sacré de femmes Prophètes. Vous imaginez les femmes Prophètes prêchant au milieu de peuplades rustres, sans foi ni loi, belliqueuses et assassines, sacrificatrices d’enfants et misogynes à l’extrême, chez qui la femme n’était et n’avait pas plus de valeur qu’un ustensile ? En sachant ce que subissent beaucoup d’entre elles encore de nos jours, avec quels mots pourrions-nous décrire les conditions horrifiques dans lesquelles vivaient les femmes il y a des décennies, des siècles et des millénaires en arrière ?
* * *
Les hérétiques tronquent l’Islâm, la religion de l’unicité, de la connaissance, de la liberté de conscience, du libre arbitre, de la tolérance, de la pacification et de la Paix, pour en faire des idéologies obscurantistes, rétrogrades, haineuses et violentes. Pourtant, même pour s’adresser à un tyran tel que pharaon, Dieu Ordonna à Moïse et à son frère : « Alors dites pour lui un dire doucet, peut-être se remémorera-t-il ! Ou appréhendera-t-il ! »[49]. Ce verset, comme beaucoup d’autres semblables, constitue, pour le Musulman, un exemple comportemental à suivre. De même, si de nos jours l’entrée des mosquées est généralement interdite aux non-musulmans, le Prophète Mohammed, lui, recevait les juifs et les chrétiens, parmi d’autres, à la mosquée.
Le Qorân désigne le racisme comme étant le premier péché capital commis contre la loi divine ; et c’est le diable qui l’a inauguré, répondant à Dieu à propos de l’humain : «  il a dit : “je suis meilleur que lui, Tu m’as Créé de feu et Tu l’as Créé d’argile” »[50]. Conséquemment, quiconque se croit supérieur à un autre perpétue ce péché originellement diabolique ; et Dieu Sait que les racistes sont nombreux, partout dans le monde.
Un exposé commence par une introduction, se poursuit par un développement et se termine par une conclusion. C’est le cas du Qorân, il commence avec “L’Ouvrante” (Al-Fâtiḥah), chapitre 1 ; il développe à partir de “La Vache” (Al-Baqarah), chapitre 2, jusqu’à la fin du livre ; il conclut avec des chapitres datant majoritairement du début de la Révélation. Cela pour signaler l’importance à accorder à l’origine.
Contrairement à ce qui a été institué après le Prophète, ce n’est pas son émigration à Médine (l’Hégire, 622)[51] qui marque le début du calendrier musulman ; celui-ci peut être inféré du Qorân (chapitre 97), il débute avec la Révélation qoranique, en 610 (chapitre 96). L’Islâm originel couvre l’ensemble de la Révélation (610632), quand le traditionalisme idéologique aime à privilégier et à s’ancrer dans le calendrier hégirien. Tous les historiens musulmans, traditionalistes compris, rapportent que le calendrier hégirien a bien été adopté après le Prophète. Le Qorân, lui, fait prévaloir la date de la Révélation : « (…) meilleure que mille mois »[52]. Le bon sens veut qu’un calendrier soit tenu à partir d’un évènement initial ; il est évident que L’Islâm n’a pas commencé avec l’hégire, mais avec la Révélation qoranique.
L’adoption, après le Prophète, du calendrier hégirien a des répercussions sentencieuses d’ordre politique, théologique et jurisprudentiel. Insinuamment, elle a permis et permet encore aux traditionalistes de faussement étayer leurs idéologies, privilégiant exégétiquement la période médinoise sur et au détriment de la période mecquoise. Le Qorân énonce : « (…) est-ce qu’alors vous assurez (croyez) par une partie, de l’écrit, et vous dénigrez par une partie ? (…) »[53]
Après la mort du Prophète, en 632, et la grande subversion de 656-680[54], depuis des siècles, les causes premières de l’étiolement et de la division de la communauté musulmane en factions proviennent de conflits purement politiques et du crédit considérable que celles-ci accordent aux recueils de traditions relatifs aux anciens et aux dires, faits et gestes du Prophète (le salaf [55], le ḥadîth[56] et la sunnah[57]). En effet, chaque courant comprend le Qorân et l’Islâm selon ce qu’il retient de ces recueils, ce qui donne lieu à des interprétations, théologiques et jurisprudentielles, en fait sociopolitiques, souvent contradictoires. Les historiens, toutes disciplines confondues, énonciateurs[58] compris, débattent encore aujourd’hui de la validité historique de ces traditions. Malgré cela, chez beaucoup de musulmans, elles prennent le pas sur le Qorân, devenant la source de ce qui les divise.
L’analyse scientifique de l’ensemble de ces recueils de traditions, datables de cent cinquante à deux cent cinquante-cinq ans après la mort du Prophète, nous apprend que ceux-ci n’offrent aucune garantie concrète de l’authenticité, de l’exactitude et encore moins de la précision des propos qu’ils rapportent. Constitués à partir de diverses chaînes de transmission orale, ils n’ont qu’une approche approximative des faits historiques. De quelques centaines de propos[59] au départ, ils se sont multipliés en moins d’un siècle pour devenir des milliers. La narratologie, elle, nous démontre que les plus anciens de ces récits ont commencé à voir le jour à la fin du 7ème et au début du 8ème siècle[60], ce qui coïncide avec la fin de la guerre civile. C’est à cette époque qu’apparaissent les divers courants de pensée politiques, théologiques et jurisprudentiels, qui sont à la base de toutes les traditions chez les musulmans.
Ces recueils de traditions sont donc conséquents à une multitude d’événements et circonstances vécus par les musulmans après la mort du Prophète, et représentent des conceptions idéologiques, politiques et sociologiques en rapport avec leurs époques. Les dévoyés et les adversaires de l’Islâm profitent de ces recueils au contenu incertain et les accréditent pour y puiser ce qui sert leurs desseins ; et c’est ainsi qu’ils déforment et dénaturent l’Islâm. En effet, certains récits dans ces recueils interprètent le Qorân grossièrement, voire à l’encontre du sens littéral et allégorique de ses versets, et attribuent au Prophète des prises de position, des comportements et des actes totalement opposés à son caractère et au Message de l’Islâm.
Les obscurantistes, les criminels et les islamophobes font croire aux ignares que l’Islâm est synonyme de haine et de violence. Cela sert leurs discours incendiaires et mesquins, et suscite l’inimitié et la discorde, encourageant ainsi à une guerre des civilisations. Si nous n’y prenons garde, c’est le chaos qui nous attend.
« Certes Dieu Ordonne par l’égalité et l’excellence et le rapport aux proches, et Il Réprime de sur la turpitude et le méconnaissable et la brigue ; Il vous Exhorte ; peut-être vous remémorerez-vous ! 90 »[61] « Et ne soyez comme ceux qui se sont discernés et ont divergé d’après que leur soient venues les explicites ; et ceux-là ont un tourment immense 105 »[62] ; « (…) et ne soyez des associants 31 De ceux qui ont discerné leur créance (religion) et étaient propagandeurs, toute coalition, par ce qui est devers eux, contents 32 »[63]. Pourtant beaucoup se sont retranchés en de multiples factions, s’excommuniant mutuellement, délaissant le message originel et universel de l’Islâm, interprétant le Qorân sans boire à sa source, parce qu’ils en ont perdu et oublié le cœur, au profit de traditions incertaines, discutées et discutables. « Et des gens qui disputent en Dieu par différent de savoir et ni guidance et ni écrit illuminant 8 »[64]
 
Consternant est l’exemple de celui qui écoute mais n’entend rien, qui apprend mais ne comprend rien, qui croit savoir mais ne sait rien, qui bricole mais ne s’applique en rien ; en fin de compte il ne sert à rien sinon à faire le malin… toute une vie sans science ni conscience dans le train-train quotidien. Cela peut faire rire, mais c’est triste quand même.
Je suis Musulman, je témoigne qu’il n’y a de dieu que Dieu, Unique, sans associé. Et je témoigne que Mohammed est Son Serviteur et Son Envoyé, à savoir que la Créance, la Religion, chez Dieu est la Pacification, l’Islâm, la soumission à Dieu en paix. Je ne témoigne pas qu’Abû Bakr, ΣOmar, ΣOthmâne ou ΣAlî [65] sont messagers de Dieu. Ils ne sont que des musulmans proches du Prophète, qui ont eu raison et tort, et qui ne peuvent être irréprochables par essence. Seul Dieu Est Parfait et Absolu. Je ne me réclame d’aucune école théologique ou jurisprudentielle en particulier, cela ne m’empêche pas de sentir profondément comme étant de mon devoir de défendre, en dépit de ses diversités, la communauté musulmane, dont je fais partie. Et je refuse de toutes mes forces qu’on la divise encore davantage. Je me positionne contre les excommunicateurs et les scissionnistes, quels qu’ils soient. Dieu n’aime ni l’agression ni les agresseurs. Il Est Le Témoin et Il Est Le Juge ; et nul ne peut prétendre détenir le paradis ou l’enfer, sauf Lui.
Pour le croyant, Dieu Lui-même Est la Vérité, La Souveraine, Suprême Vérité ; La Vérité Ineffable. Autre que Lui, personne ne possède la Vérité Absolue, chacun sa vérité ; pour dire qu’il y a autant de points de vue sur la vérité qu’il y a d’opinions. Néanmoins, “La vérité ne vaut jamais que par l’unité totale de son expression, tandis que les objections et les hérésies ont toujours la facilité de s’attaquer au détail” (Blondel). La vérité est la connaissance reconnue comme juste, comme conforme à son objet et possédant à ce titre une valeur universelle, absolue, ultime ; la norme, le principe de rectitude, de sagesse, considérés universellement comme un idéal dans l’ordre de la pensée et/ou de l’action.
Certaines doctrines politico-théologiques et jurisprudentielles, héritées de l’histoire des musulmans, ultérieures au Prophète, sont contraires à l’esprit même de l’Islâm originel. Et pourtant, malheureusement, beaucoup les proclament encore aujourd’hui comme des vérités immuables et éternelles. Ce ne sont plus, en priorité, le Message originel de l’Islâm et ses valeurs universelles que l’on enseigne, occultés ou oubliés, mais des doctrines ritualistes d’un autre âge, avec des perspectives d’avenir au passé ! Ce n’est pas l’Islâm qui a besoin de réformes, c’est le traditionalisme qui doit être amendé et désacralisé. On enseigne des mémentos de traditions, en lieu et place de la Religion de « Ceux qui remémorent Dieu, dressés et fondés et sur leurs côtés, et réfléchissent en la création des cieux et de la terre (…) »[66]
 
Les institutions religieuses actuelles perpétuent, encouragent et propagent le traditionalisme idéologique, le ritualisme et le conformisme ; elles n’ont pas pour priorité de faire prévaloir le Message originel de l’Islâm énoncé et véhiculé dans le Qorân du vivant et par le Prophète, sur le traditionalisme inauguré après lui et institué comme religion depuis lors. Il est temps que les musulmans fassent cette distinction, retrouvent le sens originel de l’Islâm et se réforment en conséquence.
L’Islâm originel, du vivant du Prophète, énoncé et expliqué dans le Qorân, doit être la référence principale de tout Musulman digne de ce nom. Cet Islâm-là est synonyme de Science, de Connaissance, de Tolérance et de Progrès. Le traditionalisme, lui, est synonyme de passé figé dans l’histoire, révolu et non reproductible ; l’Histoire avance et ne recule pas, quoi que l’on fasse, c’est la Loi de Dieu. De plus, l’idéologisme traditionaliste est vecteur, par excès et par défaut, de stagnation intellectuelle, de superstition, de fétichisme, de dogmatisme, d’uniformisme, d’ignorantisme et d’obscurantisme ; bien des maux à éviter.
Sans vraiment tenir compte du Message originel de l’Islâm, encore moins des données historiques et sociologiques ou des faits circonstanciels d’époque, de lieu, de cause et de but, les traditionalistes ressassent le ḥadîth, ce qu’aurait dit le Prophète, pour légitimer leurs idéologies et leurs interprétations du Qorân. Pourtant Dieu dit : « Et il n’allocutionne de sur le penchant 3 Ce n’est que révélation qui est Révélée 4 »[67]. On constate par ces versets que l’on ne peut certifier comme allocution du Prophète que ce qui lui a été révélé par Dieu, à savoir le Qorân. En effet l’injonction de Dieu “Dis !” est répétée trois cent trente-deux fois dans le Qorân[68]. Et cette injonction divine, autant de fois réitérée, est inhérente à la transmission continue du message bien entendu. Ce qu’a dit le Prophète de manière certaine, c’est ce que Dieu lui a ordonné de dire par révélation, dans le Qorân. « Tels les Signes (Versets) de Dieu, Nous les Relatons sur toi par le vrai, alors par quel énoncé (ḥadîthin) après Dieu et Ses Signes (Versets) ils assurent (croient) ? 6 »[69]
 
Quant à la sunnah[70], la tradition, mode des faits et gestes du Prophète, on la trouve aussi, et plus authentiquement, dans le Qorân. Il y est qualifié d’homme de grande créativité, de moralité, on y trouve relaté ce qu’il doit dire ou faire ; comment il doit communiquer le Qorân, agir face aux situations qui se présentent à lui… Le Qorân précise même comment il doit se tenir, se comporter avec sa famille, son fils adoptif, les croyants et les hommes en général, y compris comment se marier ou divorcer. Le mot “sunnah“, mode, est cité seize fois dans le Qorân[71], en référence à Dieu ou aux anciens avant le Prophète, pas une seule fois en lien avec Mohammed lui-même.
Les fanatiques pseudo-religieux s’inspirent du traditionalisme conséquent à l’histoire des musulmans et non à l’Islâm lui-même. Nous devons donc agir pour informer et enseigner l’Islâm originel (du vivant du Prophète) et le distinguer de l’islam traditionaliste (postérieur à la mort du Prophète) tramé, constitué et institué par des circonstances politico-théologiques, sociologiques et historiques, amalgamées avec le Message originel de l’Islâm (Savoir, Foi, Bienfaisance, Tolérance et Pacification).
L’Islâm originel est la Religion de Dieu, il est énoncé dans le Qorân. Le traditionalisme idéologique, lui, est conséquent à l’histoire des musulmans après le Prophète, de ce fait, il ne peut être considéré comme faisant partie du canon de la Religion. Dans les circonstances graves et alarmantes que traverse notre société moderne, je me permets de penser qu’il est du devoir de tout un chacun d’encourager, soutenir et promouvoir les travaux et ouvrages scientifiques relatifs à l’Islâm originel. En effet, celui-ci, par ceux-là, est le plus à même de contrer, neutraliser et annihiler, efficacement et durablement, l’ultra-traditionalisme idéologique, vecteur de tant de méfaits et de malheurs. Les outrecuidants sont bruyants ; il n’empêche que quand vous exposez scientifiquement, expertement et avec maîtrise un sujet, ils sont alors décontenancés et n’ont de réplique autre que l’exposé de leur insuffisance.
* * *
Référons-nous donc au Livre de Dieu, pour tous les musulmans. Il est un verset incontournable, dont il faut absolument tenir compte pour une meilleure approche du Qorân : « Il Est Celui Qui a fait Descendre sur toi l’écrit, duquel des signes (versets) Adjugés (décisifs), eux sont la mère de l’écrit, et d’autres plurivoques ; alors quant à ceux qui en leurs cœurs ont une déviance, alors ils suivent ce qui s’est équivoqué de lui, briguant la subversion et briguant sa primexplication ; et ne Sait sa primexplication que Dieu et les ancrés en le savoir disent : “Nous avons assuré (cru) par lui, tout est de Chez Notre Maître” ; et ne se remémorent que les primés des quintessences 7 »[72]
Ce verset, loin d’être anodin, est clair et précis, surtout pour le savant qui étudie l’ensemble du corpus. L’attention est attirée pour deux niveaux d’analyse, tout aussi importants l’un que l’autre, phrastique et transphrastique, du Qorân. Le premier concerne le fond même du Livre, immuable et intemporel, il est à la base du Message originel de l’Islâm. Le deuxième concerne sa forme d’application, qui peut impliquer plusieurs significations, circonstancielles d’époque, de lieu, de cause et de but.
Parfois, nos certitudes ont besoin d’être réexaminées, réévaluées, voire réformées, pour retrouver le véritable sens d’une Cause. Exemple, le Qorân mentionne la loi du talion relativement aux anciens, constitués alors en sociétés primitives ; cela étant, il fait prévaloir le narratif (faculté de narrer et d’agir en conséquence) chez “les primés des quintessences”, ceux qui appréhendent l’essentiel. Le niveau de connaissance atteint dans nos sociétés modernes ne nous autorise plus à agir par instinct et esprit de vengeance, mais plutôt par une prévention et une justice civilisatrices. « Et pour vous en le narratif une vie, ô primés des quintessences ; peut-être vous prémunirez-vous ! »[73]. Tant que tu ne vides pas ton cœur de la rage et de la haine, tu ne pourras pas le remplir de l’Amour de Dieu et le propager en Sa Création.
Autre exemple, hors du traditionalisme, y a-t-il dans le Qorân un énoncé qui fait obligation aux musulmans de sacrifier des animaux, quelle que soit la circonstance ? Évidemment que non. Le mot “offrande”, hadyu en arabe, peut revêtir plusieurs significations, circonstancielles d’époque, de lieu, de cause et de but. C’est ce terme qui est utilisé dans le Qorân pour le pèlerinage, tandis que le mot “égorgement” (dhabḥ) est employé pour le sacrifice d’Abraham ; la dissemblance est linguistiquement significative et loin d’être fortuite. Entre égorger un animal et offrir un présent, la nuance peut être de taille. Conséquemment à ce que je viens d’exposer, le massacre annuel de millions de bêtes à l’Aïd/Tabaski est-il compatible, conciliable et cohérent avec l’Islâm originel ? Voilà une question fondamentale à méditer pour quiconque craint Dieu et Y croit.
Pour rappel, la tradition rapporte que le Prophète a sacrifié, à son pèlerinage, soit dans une circonstance très précise, pour toute sa communauté. Son geste équivaut à tous les sacrifices d’animaux perpétués depuis lors et jusqu’à la fin des temps. Donc, le jour de l’Aïd, tout Musulman peut s’acquitter par une offrande, hadyu, quelle qu’en soit la nature ; sans recourir obligatoirement à un égorgement : «  N’aboutiront à Dieu leurs chairs et ni leurs sangs, mais de vous Lui aboutit la prémunition, comme cela Il l’a Assujettie pour vous, pour que vous magnifiiez Dieu sur ce qu’Il vous a Guidés ; et éjouis les excellents »[74]
 
« Et il n’y a d’animé (animal) en la terre et ni volant (volatile) qui vole par ses ailes que, des nations, vos exemples »[75]. Le Musulman véritable ne peut déconsidérer, maltraiter, avilir et aveulir un quelconque animal ou le tuer sans raison valable, encore moins pour le plaisir. Même pour se nourrir, il ne peut tuer banalement un animal, il doit considérer son acte par le Nom de Dieu comme une opération sacrificielle ; c’est-à-dire exceptionnelle et en craignant Dieu, Le Vivificateur du souffle de toute vie.
« Dieu a fait Descendre le plus-excellent énoncé, un écrit plurivoque dédoublé, duquel s’hérissent les peaux de ceux qui appréhendent Leur Maître, puis s’adoucissent leurs peaux et leurs cœurs vers la Remémoration de Dieu ; cela est la Guidance de Dieu, Il Guide par lui quiconque Il Chose ; et quiconque Dieu Égare, alors il n’y a pour lui de guidant 23 »[76] 
L’Islâm prêche la mesure et la modération en toute chose et pour chaque chose, loin de l’extrémisme et des extrêmes. Vestimentairement, par exemple, le Qorân résume : « (…) et la vêture de la prémunition, cela est meilleur, cela est des Signes de Dieu ; peut-être se remémoreront-ils ! »[77]. Couvrir sa tête, porter la barbe, le qamis/daffah, le boubou ou la djellaba, le voile, le niqab, la burka ou le tchador ; tout cela résulte du traditionalisme et n’a rien à voir avec l’Islâm originel en tant que religion. Bien au contraire, toutes ces manifestations nuisent aujourd’hui à l’image de l’Islâm et des musulmans, majoritairement dans les pays non musulmans ; elles sont synonymes d’obscurantisme, de sectarisme, de provocation et d’agression. Pour le Musulman savant, responsable et conscient de l’Islâm véritable, il est insoutenable de le voir ainsi dénaturé et réduit à ces ostentations. L’Islâm des lumières, à l’origine de l’éclosion des sciences modernes, est travesti par le traditionalisme idéologique en religion ritualiste, passéiste et rétrograde. Les musulmans doivent s’éveiller à l’Islâm originel, l’Islâm de la science et du progrès ; ils doivent aussi se préserver et préserver leur religion de tout préjugé dommageable.
L’adoration de Dieu ne se concrétise ni par des accoutrements ostentatoires ni par un ritualisme incantatoire ; encore moins par des mimiques illusoires, des paroles sans savoir et des sacrifices dérisoires. Elle se cristallise dans la juste décision suivie de la bonne action. Adorer et servir Dieu, c’est aimer et servir Sa Création, c’est réfléchir et agir bien, c’est être utile et non pas futile. Être Musulman, croyant et pratiquant, c’est être savant, pacifié et pacifiant, assuré, assurant et rassurant, bon, bienveillant et bienfaisant ; c’est vivre et mourir paisiblement.
« Et comme cela Nous vous avons Formés nation moyenne pour que vous soyez témoins sur les gens, et que l’envoyé soit témoin sur vous (…) »[78] ; « Et efforcez-vous en Dieu à Son Vrai Efforcement, Lui vous a Recueillis, et Il n’a formé sur vous en la créance (religion) d’embarras ; l’inclination de votre père Abraham, lui vous a nommés “les pacifiés (musulmans)” auparavant ; et en ceci, pour que l’envoyé soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les gens (…) »[79] ; « (…) Dieu Veut par vous la facilité et ne veut par vous la difficulté (…) »[80]
Le Musulman est celui qui a un engagement avec Dieu, pour croire en Lui, pour L’adorer par l’Islâm, qui hisse l’âme, en toute pureté, pour agir avec bonté, pour accomplir la bienfaisance, pour recommander le convenable et réprouver le condamnable, pour appeler les hommes à Dieu, à l’humanisme, à la réforme et à l’équité. Il a un bénéfice dans ce monde et le meilleur auprès de Dieu. En vérité, la meilleure provision est la piété. Celui qui se lève avec Dieu, qui boit et qui mange avec Dieu, qui travaille et qui se repose avec Dieu, qui dort et qui rêve avec Dieu, qui pense, qui parle et agit avec Dieu, qui est pauvre et qui est riche avec Dieu, qui est en bonne santé et qui est malade avec Dieu, qui est jeune et qui est vieux avec Dieu, qui vit et qui meurt, avec Dieu sur les lèvres et dans le cœur ; celui-là a ce monde et l’au-delà ; celui-là se lève, boit et mange, travaille et se repose, dort et rêve, pense, parle et agit, vit et meurt en paix. En paix avec lui-même, avec les hommes, les êtres et les choses ; en conséquence, en paix avec Dieu, Le Suprêmement-Bon. Voilà les justes.
Les musulmans doivent revenir au Message originel de l’Islâm, celui d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ils doivent se reconstruire en une communauté de juste milieu, la communauté de “Iqra, de “Lie et Lis” par le Savoir de Dieu.
Ils doivent en premier lieu sortir de la torpeur et de la peur qui les accablent, et dénoncer énergiquement tout ce et tous ceux qui, par la haine et la violence, difforment leur religion. Il leur incombe de s’éveiller et de réhabiliter l’Islâm originel aux yeux du monde ; l’Islâm des lumières, de la science et du progrès, celui de la paix, de la liberté de conscience et de la tolérance. Et pratiquer assidûment la bienveillance et la bienfaisance : la foi en Dieu est indissociable de la bonne et belle œuvre, simultanément, l’une avec l’autre. Sachez aimer vos prochains, soyez bons avec vos voisins, nourrissez ceux qui ont faim, recueillez les orphelins ; voilà ce qui est bien, qui est juste et n’est pas vain.
« Vous étiez meilleure nation, Sortie pour les gens : vous ordonnez par le convenable et réprimez de sur le méconnaissable et vous assurez (croyez) par Dieu. Et si les familiers de l’écrit avaient assuré (cru), assurément ç’aurait été meilleur pour eux ; d’eux, les assurants[81] (croyants), et la plupart d’eux, les pervers 110 »[82]; « Et l’époque ! 1 Certes l’humain est assurément en perdition 2 Sauf ceux qui ont assuré (cru) et œuvré les réformes, et se sont recommandés par Le Vrai et se sont recommandés par la patience 3 »[83]
* * *
L’homme, avec toutes ses connaissances, éprouve le besoin de nourrir son âme, sa quête spirituelle exige des réponses. Or la vague des sectes d’inspiration judéo-chrétienne ou extrême-orientale, dérivées du Bouddhisme ou de l’Hindouisme, a reflué. On a bien tenté de spiritualiser le matérialisme et inversement, mais le résultat n’a pas fait recette. Ce sera aussi le cas du sectarisme doctrinal des musulmans dévoyés. Par contre, l’Islâm, avec son message originel, et original, fera redécouvrir à l’homme son humanité et sa raison d’être ; telle est sa vocation universelle. « (…) et quiconque se prémunit de Dieu, Il Forme pour lui une sortie 2 Et Il lui Attribue d’où il ne se calcule, et quiconque mandate sur Dieu, alors Il Est Son Calculateur ; certes Dieu fait Parvenir Son Ordre ; déjà Dieu a Formé pour toute chose une mesure 3 »[84]
Le Soleil se lève à l’Occident (9ème édition – 2018),  SCDOFG

 

[1] 570-632.

[2] L’ignorantisme, en arabe al-jâhiliyyah (الجاهلية), est synonyme d’obscurantisme, la doctrine, l’attitude de ceux qui se complaisent dans l’ignorance.

[3] Située aux environs de La Mecque.

[4] Chapitre 42, verset 52.

[5] Chapitre 29, verset 48.

[6] Chapitre 93, versets 4-11.

[7] En langue arabe, le mot "par" (bi, ب) est une particule qui se comprend comme préfixe, mais aussi comme préposition, adverbe ou locution prépositive ; elle exprime, de manière variable ou complémentaire, les sens de : "avec,  en,  dans,  de,  à,  à cause de,  grâce à,  à l’aide de,  au moyen de,  à travers,  via,  du côté de…". Dans le Qorân, la portée expressive de la particule "bi" est considérable, je ne me suis donc pas permis de la négliger ou de l’amputer ; en conséquence, je la traduis toujours par le mot "par", la variabilité ou la complémentarité de ses sens peut être inférée du contexte de son utilisation. Cela devrait pouvoir susciter l’approfondissement de la réflexion du lecteur.

[8] Chapitre 33, verset 40.

[9] Chapitre 5, verset 3.

[10] Chapitre 3, verset 19.

[11] Chapitre 112, versets 1-4.

[12] Chapitre 5, verset 3.

[13] Chapitre 24, verset 35.

[14] Chapitre 39, verset 41.

[15] Chapitre 30, verset 30.

[16] Chapitre 96, versets 1-5.

[17] Chapitre 2, verset 31.

[18] Chapitre 16, verset 27.

[19] Chapitre 30, verset 56.

[20] Chapitre 7, verset 176.

[21] Chapitre 59, verset 21.

[22] Chapitre 10, verset 24.

[23] Chapitre 2, verset 219.

[24] Chapitre 3, verset 191.

[25] Chapitre 10, verset 5.

[26] Chapitre 30, verset 22.

[27] Chapitre 29, verset 43.

[28] Chapitre 35, verset 28.

[29] Chapitre 29, verset 49.

[30] Chapitre 58, verset 11.

[31] Chapitre 30, verset 56.

[32] Chapitre 22, verset 54.

[33] Chapitre 17, verset 89.

[34] Chapitre 59, verset 21.

[35] Chapitre 26, versets 23-24.

[36] Chapitre 37, versets 4-5.

[37] Chapitre 16, versets 49-50.

[38] Chapitre 15, verset 9.

[39] Chapitre 56, versets 77-80.

[40] Chapitre 85, versets 21-22.

[41] Chapitre 30, verset 41.

[42] Chapitre 4, versets 26-28.

[43] Chapitre 61, verset 9.

[44] Al-dajjâl (الدجال) : l’antichrist.

[45] Il est utile de rappeler ici que le terme "jihâd" (جهاد) signifie "efforcement" : penser et/ou agir avec effort ; ce sens premier peut s’étendre circonstanciellement au combat armé. Ce dernier (combat armé) est plutôt désigné, en langue arabe, par le terme "qitâl" (قتال).

[46] Chapitre 5, verset 77.

[47] Chapitre 2, verset 30.

[48] Bible, La Genèse, 3 : 6.

[49] Chapitre 20, verset 44.

[50] Chapitre 7, verset 12 et chapitre 38, verset 76.

[51] Calendrier qui commence le 1er muḥarram (15 ou 16 juillet 622), à partir de l’émigration (al-hijrah) du Prophète, de La Mecque à Médine.

[52] Chapitre 97, verset 3.

[53] Chapitre 2, verset 85.

[54] Première discorde et guerre civile des musulmans.

[55] Le mot salaf signifie "précédent" et désigne par extension les docteurs musulmans des premiers siècles.

[56] Le mot ḥadîth signifie "énoncé" et désigne par extension ce que le Prophète aurait dit. Très nombreux, les ḥadîths remplissent plusieurs volumes.

[57] Le mot sunnah, ou sîrah, signifie "mode", "conduite" et désigne par extension la tradition : ce qui est rapporté de la conduite et des faits et gestes du Prophète.

[58] Al-muḥaddithûn, spécialistes des dires attribués au Prophète.

[59] Environ 700 propos au plus.

[60] Postérieurs à 680.

[61] Chapitre 16, verset 90.

[62] Chapitre 3, verset 105.

[63] Chapitre 30, versets 31-32.

[64] Chapitre 22, verset 8.

[65] Les quatre premiers califes qui se succédèrent après la mort du Prophète.

[66] Chapitre 3, verset 191.

[67] Chapitre 53, versets 3-4.

[68] Dans la majorité des cas, cette injonction est adressée au Prophète.

[69] Chapitre 45, verset 6.

[70] Quand un ḥadîth, une sunnah ou sîrah sont avérés scientifiquement, ils doivent être considérés circonstanciellement.

[71] Quatorze fois au singulier et deux fois au pluriel.

[72] Chapitre 3, verset 7.

[73] Chapitre 2, verset 179.

[74] Chapitre 22, verset 37.

[75] Chapitre 6, verset 38.

[76] Chapitre 39, verset 23.

[77] Chapitre 7, verset 26.

[78] Chapitre 2, verset 143.

[79] Chapitre 22, verset 78.

[80] Chapitre 2, verset 185.

[81] En langue arabe, les mots "assurance", "foi" et "croyance" (îmân, إيمان) ont la même racine (a-m-n, أ م ن) : assurance, sûreté, sécurité. Dans le langage qoranique, la foi s’acquiert par le savoir, en s’assurant et en assurant ; il s’agit bien plus que d’une croyance vague et relative. Dieu Est Évident, rationnellement, on ne peut qu’en témoigner ; et le témoignage doit se faire en connaissance de cause, en toute science et conscience. Le croyant, que je traduis par l’assurant, s’assure et se sécurise, en s’instruisant du Fait de Dieu ; c’est ainsi qu’il devient sécurisé et sécurisant, assuré et assurant (mu’min, مؤمن).

[82] Chapitre 3, verset 110.

[83] Chapitre 103, versets 1-3.

[84] Chapitre 65, versets 2-3.

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