Le message originel de l’Islâm – partie 1

Par Farid Gabteni

 

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ

 رَبِّ اشْرَحْ لِي صَدْرِي وَيَسِّرْ لِي أَمْرِي وَاحْلُلْ عُقْدَةً مِنْ لِسَانِي يَفْقَهُوا قَوْلِي؛ 

رَبِّ أَدْخِلْنِي مُدْخَلَ صِدْقٍ وَأَخْرِجْنِي مُخْرَجَ صِدْقٍ وَاجْعَلْ لِي مِنْ لَدُنْكَ سُلْطَانًا نَصِيرًا  

 

Au Nom de Dieu L’Origine L’Arrangeant
Dieu Mon Maître ! Soulage pour moi ma poitrine et Facilite pour moi mon ordonnance, et Dénoue un nœud de ma langue qu’ils comprennent mon dire. 
Dieu Mon Maître ! Fais-moi Accéder à une accession crédible, et Fais-moi Émerger à une émergence crédible ; et Forme pour moi, de Ta Part, une autorité secoureuse. 

 

Le Message originel de L’Islâm

Voilà à quoi aboutissent mes travaux de recherche, tous mes travaux, à la découverte, à la redécouverte du message originel de l’Islâm.
Je rappelle ici que la validité scientifique de ces travaux est reconnue et incontestée par les spécialistes. Parmi eux, certains – musulmans traditionalistes – émettent néanmoins des réserves quant aux “conclusions que j’en tire”. C’est leur expression.
Personnellement, je préfère dire : les “enseignements que j’en tire”, suite aux faits découverts, constatés et établis scientifiquement. Les résultats de mes travaux de recherche sont éloquents et sans appel : le traditionalisme ancestral chez les musulmans a substitué et ancré un système cultuel, totalitaire et obscurantiste, à l’Islâm originel, pour instituer un culte d’État et de masse.
C’est conséquemment que je prêche raison aux miens et que j’appelle à la désacralisation du traditionalisme idéologique, érigé en religion après le prophète Mohammed.
C’est le devoir de l’élite savante musulmane, je dirais même un devoir sacré pour elle, de dénoncer publiquement l’exégèse religieuse incorrecte, sacralisée et colportée à tout-va ; et pareillement, d’infirmer catégoriquement l’idéologie de l’infaillibilité du traditionalisme.
Ce n’est pas une raison, soit dit en passant, de rejeter tout en bloc, comme le font malheureusement certains, en traitant de la tradition. Dans la foulée, ils finissent par confondre traditionalisme et foi.
En général, il s’agit de personnes fragiles, dont la foi a été éprouvée en cours de route, en cours d’étude.  Il est ici approprié de leur rappeler la citation de Louis Pasteur : “Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène“.
Il faut donc persévérer et poursuivre sa tâche avec patience, décidé à la mener à bonne fin. Je dis cela, avec en tête le verset 99 du chapitre 15 dans le Qorân :
وَاعْبُدْ رَبَّكَ حَتَّى يَأْتِيَكَ الْيَقِينُ
« Et adore [Dieu] Ton Maître ! Jusqu’à ce que se rapporte à toi la certitude »
Cette certitude que la fidélité à la Révélation, reçue par les Prophètes Mohammed, Jésus fils de Marie, Moïse etc., c’est la référence, purement et scrupuleusement, à l’Islâm originel, syncrétisé par le Qorân.
Mon œuvre s’adresse certes aux musulmans mais aussi, sinon plus, aux non-musulmans ; afin de distinguer le vrai du faux, l’Islâm originel de l’islam détourné et instrumentalisé.
Mon étude et mon discours sont fuis par les extrémistes traditionalistes parce que mon travail dément et démonte, scientifiquement et convainquement, leur idéologie obscurantiste et rétrograde.
Le verset 78 du chapitre 43 témoigne :
لَقَدْ جِئْنَاكُمْ بِالْحَقِّ وَلَكِنَّ أَكْثَرَكُمْ لِلْحَقِّ كَارِهُونَ
« Déjà nous sommes venus à vous par (avec) le vrai, mais la plupart d’entre vous répugnent le vrai »
De même, cette étude et ce discours sont abhorrés par les islamophobes, qui crient au loup et prétendent que mes travaux attirent et encouragent nombre de non musulmans à embrasser l’Islâm.
Il est écrit au verset 32 du chapitre 8 de l’évangile de Jean : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira ».
J’ai appris le Qorân, le “ḥadîth“, la “sunnah/sîrah“, la théologie et la jurisprudence, via l’enseignement et la vision de grands “Σulamâ” (docteurs), références en matière de traditionalisme.
Par conséquent, pendant quelque temps, je suis moi-même devenu traditionaliste, “modéré ؟”.
Cependant, lorsque je me suis spécialisé et que j’ai étudié entre autres l’historiographie, j’ai alors rouvert le Qorân avec une approche scientifique, pluridisciplinaire.
Quel ne fut mon étonnement de découvrir que le message originel de l’Islâm, énoncé dans le corpus du Qorân, fait sérieusement objection à beaucoup d’assertions incluses dans les écrits multiples de la tradition, alors que ces assertions, “hérétiques”, qui sont en fait des constructions postérieures au Prophète de l’Islam, constituent la base de l’idéologie traditionaliste.
Commençons par la signification originelle du nom propre de la religion musulmane, l’Islâm.  Étymologiquement, en langue arabe, l’Islâm / “al-islâm” / الإسلام, de la racine S-L-M / س ل م , qui donne en premier le mot “silm” / سلم / “paix”, signifie la Pacification : l’action de pacifier, d’établir, de rétablir et de maintenir la paix ; l’action de se rendre suffisamment, pleinement, entièrement en paix à Dieu.
L’Islâm est l’activation de la paix / “al-silm“, “al-salâm” / السّلم السّلام  : celui qui se rend à Dieu, se pacifie / “yuslim” / يسلم , fait cesser les troubles de son esprit, les mouvements de révolte en lui et autour de lui ; il est pacifié, musulman / “muslim” / مسلم, et pacifiste / “mussâlim” / مسالم.
Il aspire à la quiétude, à la sûreté et à la tranquillité, il n’est pas pour, ou dans, le trouble et la révolte ; en conséquence, il acquiert un cœur paisible / “salîm” / سليم, sain et saint, santé et sainteté, en paix avec Dieu et Sa Création.
Le contexte historique de l’avènement de l’Islâm partage certains points communs avec notre époque. De même qu’aujourd’hui, le monde connu était dominé, au début du VIIe siècle, par des puissances antagonistes, les empires perse et byzantin.
Il existait déjà d’autres civilisations, tels les grands peuples de l’Inde et de la Chine, sans oublier les civilisations précolombiennes, d’autres pays riches et d’autres pays pauvres.
Il y avait aussi des peuples frustes et des tribus qui, depuis des siècles, perpétuaient les mêmes modes de vie, comme subsistent de nos jours quelques groupes vivant en marge de la civilisation.
Les préoccupations d’ordre philosophique et les croyances religieuses de la majorité des tribus d’Arabie d’alors étaient très archaïques, comparées aux grandes religions monothéistes et polythéistes de l’époque.
Le polythéisme et l’idolâtrie, qui régnaient dans la plupart des tribus arabes, étaient tels que les représentations des dieux elles-mêmes étaient considérées comme divines et personnifiées en tant que telles.
Et même s’il arrivait à leurs adeptes de croire en un Dieu des dieux, celui-ci n’était pas systématiquement considéré comme supérieur ; il était mis en compétition avec des divinités mineures qui, bien souvent, étaient plus vénérées que lui.
Le degré d’évolution des Arabes, donc, comparé à celui des grandes civilisations de leur temps, était, je le dis, très fruste sans conteste.
Mohammed, le sceau des Prophètes, 570632 de notre ère, vécut à une époque historique, religieuse et socioculturelle, comparable à celle d’Abrahâm, approximativement le XIXe siècle avant notre ère, je dis bien, approximativement.
Abrahâm, ce Prophète et Patriarche, vénéré et considéré dans le Judaïsme et le Christianisme, ne l’est pas moins en Islâm.
Dans le Qorân, il est fréquemment cité en relation avec l’argumentation et le pèlerinage, ou encore en tant que modèle à suivre.
Exemple, au sujet de l’argumentation, concernant Abrahâm, nous lisons dans le verset 80 du chapitre 6 :
وَحَاجَّهُ قَوْمُهُ قَالَ أَتُحَاجُّونِّي فِي اللَّهِ وَقَدْ هَدَانِ
« Et sa communauté l’a argué (argumenté contre lui), il a dit : “Est-ce que vous m’arguez (argumentez) en Dieu et déjà Il m’a Guidé ?…  »
Un autre exemple, encore au sujet de l’argumentation, on lit dans le verset 83 du même chapitre, 6 :
 “وَتِلْكَ حُجَّتُنَا آتَيْنَاهَا إِبْرَاهِيمَ عَلَى قَوْمِهِ
« Et tel Notre Argument, Nous l’avons Rapporté à Abrahâm sur sa communauté… »
Et en ce qui concerne le pèlerinage, ce commandement à Abrahâm, au verset 27 du chapitre 22 :
وَأَذِّنْ فِي النَّاسِ بِالْحَجِّ يَأْتُوكَ رِجَالًا وَعَلَى كُلِّ ضَامِرٍ يَأْتِينَ مِنْ كُلِّ فَجٍّ عَمِيقٍ
« Et proclame en les gens par l’argumentation (le pèlerinage), ils se rapporteront à toi, piétailles et sur tout raffiné, ils se rapporteront de toute cavée profonde »
Ensuite, en tant que modèle, au verset 123 du chapitre 16 :
ثُمَّ أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ أَنِ اتَّبِعْ مِلَّةَ إِبْرَاهِيمَ حَنِيفًا وَمَا كَانَ مِنَ الْمُشْرِكِينَ
« Puis Nous avons Révélé vers toi de suivre l’inclination d’Abrahâm, converti ; et il n’était des associants »
Encore, en tant que modèle, au verset 95 du chapitre 3 :
قُلْ صَدَقَ اللَّهُ فَاتَّبِعُوا مِلَّةَ إِبْرَاهِيمَ حَنِيفًا وَمَا كَانَ مِنَ الْمُشْرِكِينَ
« Dis : “Dieu a été Crédible, alors suivez l’inclination d’Abrahâm, converti ; et il n’était des associants” »
Et une autre citation, en tant que modèle, dans le verset 125 du chapitre 4 :
وَمَنْ أَحْسَنُ دِينًا مِمَّنْ أَسْلَمَ وَجْهَهُ لِلَّهِ وَهُوَ مُحْسِنٌ وَاتَّبَعَ مِلَّةَ إِبْرَاهِيمَ حَنِيفًا
« Et qui est plus-excellent créancier (religiosité) que quiconque a pacifié (أسلم) sa face pour Dieu, et il est excellent, et a suivi l’inclination d’Abrahâm, converti ? »
Je rappelle ici, en relation avec Abrahâm, qu’étymologiquement, le mot “ḥajj” / حج  / “pèlerinage” a pour sens premier “argumentation”, dans le sens d’un enchaînement d’arguments tendant à une conclusion déterminée.
Ce mot est également utilisé dans le sens de “destination”, à savoir ce pour quoi une personne ou une chose est faite et, par extension, le lieu où l’on doit se rendre ; d’où aussi le sens de “pèlerinage”.
Ces deux sens du mot “ḥajj” / “pèlerinage” et/ou “argumentation” ont en commun qu’ils supposent une action orientée vers une finalité.
En fonction du contexte du verset, j’ai traduit ce mot par l’un et/ou l’autre terme.
Revenons au Patriarche, nous avons vu qu’Abrahâm était un monothéiste purissime.
La phrase “وَمَا كَانَ مِنَ الْمُشْرِكِين” / “et il n’était des associants” est citée, telle quelle, 5 fois dans le Qorân : dans le verset 135 chapitre 2, dans le verset 67 chapitre 3, dans le verset 95 chapitre 3, dans le verset 161 chapitre 6, et dans le verset 123 chapitre 16.
Plus 1 fois avec une variante “وَلَمْ يَكُ مِنَ الْمُشْرِكِينَ” / “et il n’était point des associants” : dans le verset 120 chapitre 16. Cette récurrence, particulièrement à son sujet, Abrahâm, est un témoignage éloquent et significatif.
Nous trouvons aussi une variante, à la première personne du singulier “وَمَا أَنَا مِنَ الْمُشْرِكِينَ” / “et je ne suis des associants“. Cette dernière concerne 1 fois Abrahâm dans le verset 79, chapitre 6 et 1 fois Mohammed dans le verset 108 chapitre 12.
Le Qorân désigne Abrahâm comme Père et Imâm. En effet, il est fort probable qu’il soit le premier humain à avoir attribué le titre de musulman aux croyants.
On le déduit généralement, à tort ou à raison, à la lecture d’une phrase dans le verset 78 du chapitre 22 :
مِلَّةَ أَبِيكُمْ إِبْرَاهِيمَ هُوَ سَمَّاكُمُ الْمُسْلِمِينَ مِنْ قَبْلُ
« l’inclination de votre père Abrahâm, lui [ou Lui] vous a nommés “les pacifiés (les musulmans)” auparavant  »
Et cité en tant qu’Imâm, nous le lisons clairement dans le verset 124 du chapitre 2 :
قَالَ إِنِّي جَاعِلُكَ لِلنَّاسِ إِمَامًا
« Il [Dieu] a Dit : “Certes Je vais te Former Imâm (au-devant) pour les gens” »
Si l’on pouvait résumer en quelques mots le parcours spirituel d’Abrahâm, on dirait qu’il s’agit de la prospection d’un philosophe, scientifique de son temps.
Il parvint à la foi par l’argumentation scientifique, à travers l’argumentation scientifique, au moyen de l’argumentation scientifique.
Je rappelle à ce propos qu’en langue arabe, le mot “par” / “bi” / ب, comme dans بسم الله / “Au Nom de Dieu, Par Le Nom de Dieu”, est une particule qui se comprend comme préfixe, mais aussi comme préposition, adverbe ou locution prépositive.
Elle exprime, de manière variable ou complémentaire, les sens de : “avecdansà cause de, grâce à, au moyen de, à travers, etc.”
Dans le Qorân, la portée expressive de la particule “bi” / ب est considérable, je ne me suis donc pas permis de la négliger ou de l’amputer.
En conséquence, je la traduis régulièrement  par le mot “par” ; la variabilité, ou la complémentarité de ses sens, peut être inférée du contexte de son utilisation.
Je disais qu’Abrahâm parvint à la foi par l’argumentation scientifique. C’est ainsi que Dieu Se Révéla à lui et Fit de lui un intime. On peut lire au verset 131 du chapitre 2 :
إِذْ قَالَ لَهُ رَبُّهُ أَسْلِمْ قَالَ أَسْلَمْتُ لِرَبِّ الْعَالَمِينَ
« Quand Son Maître a Dit pour lui : “Pacifie-toi (أسلم)”, il a dit : “Je me suis pacifié (أسلمت) pour Le Maître des mondes” »
Puis dans le verset 125 du chapitre 4 :
وَاتَّخَذَ اللَّهُ إِبْرَاهِيمَ خَلِيلًا
« Et Dieu S’est Pris Abrahâm vacant (intime, disponible»
Lui, le chercheur qui s’est rendu suffisamment, pleinement, entièrement, pacifiquement à Dieu. Et le Qorân en témoigne au verset 84 du chapitre 37 :
إِذْ جَاءَ رَبَّهُ بِقَلْبٍ سَلِيمٍ
« Quand il est venu à Son Maître par (avec) un cœur paisible (sain, سليم) »
Abrahâm, ce Père et Imâm, dont la position est encore aujourd’hui une référence pour des milliards d’êtres humains, est l’exemple même de ce que doit être une nation musulmane digne de ce titre. À lui seul, Abrahâm était le pilier d’une nation ; encore une fois, le Qorân en témoigne au verset 120 du chapitre 16 :
إِنَّ إِبْرَاهِيمَ كَانَ أُمَّةً قَانِتًا لِلَّهِ حَنِيفًا وَلَمْ يَكُ مِنَ الْمُشْرِكِينَ
« Certes Abrahâm était une nation, dévoué, pour Dieu, converti ; et il n’était point des associants »
Nous lisons sa recommandation décidée et finale à ses enfants, et par là même à l’humanité, dans le verset 132 du chapitre 2 :
يَا بَنِيَّ إِنَّ اللَّهَ اصْطَفَى لَكُمُ الدِّينَ فَلَا تَمُوتُنَّ إِلَّا وَأَنْتُمْ مُسْلِمُونَ
« …“Ô mes fils ! Certes Dieu a Rarrangé pour vous la créance (religion), alors ne mourez qu’étant pacifiés (musulmans)” »
En langue arabe, le mot “religion” / “dîn” / دين  exprime le sens d’approximation, d’obligation, de devoir et de dette, en l’occurrence, c’est la créance due à Dieu ; par conséquent, je traduis “religion” par “créance”.      
Je disais tout à l’heure que le Prophète Mohammed vécut à une époque semblable à  celle d’Abrahâm ; une époque où les sacrifices humains, particulièrement d’enfants, n’étaient pas rares.
Dans l’Arabie du début du VIIe siècle, la pauvreté conduisait certains à tuer leurs enfants. D’autres enterraient leurs filles vivantes par honte ou par peur du déshonneur, surtout si elles étaient premières-nées.
Il arrivait aussi que l’on immole un premier ou un dernier-né mâle, à la suite d’une promesse faite à une idole ou à une divinité quelconque.
Ainsi, l’Islâm a surgi là où dominait l’obscurantisme de l’ignorantisme, dans le désert.
L’ignorantisme, en arabe “al-jâhiliyyah” / الجاهلية, est synonyme d’obscurantisme, la doctrine, l’attitude de ceux qui se complaisent dans l’ignorance.
Je rappelle ici encore une fois, en langue arabe, les mots “injustice” et “obscurité” / “ẓulm” et “ẓulmah” ou “ẓalâm” / ظلم وظلمة أوظلام  ont la même racine (Ẓ-L-M /ظ ل م), qui donne en premier le mot “ẓulm” / ظلم  / “injustice”.
Une logique inhérente à la langue arabe explique le lien que l’on peut faire entre l’injustice et l’obscurité : dans l’obscurité, on se meut sans justesse, on manœuvre à l’aveuglette, on saisit et on déplace les choses incorrectement, on dévie, on s’égare et on égare ; on est injuste, on apprécie et on agit injustement.
À la lumière de ces faits, vous comprenez que j’utilise cette expression à mon escient et à bon escient. À la lumière des faits que j’ai évoqués au sujet de l’absence de justesse dans l’obscurité.
Nous pouvons dire et soutenir que l’injuste est obscurantiste et obscurcissant, et inversement, l’obscurantiste, obscurcissant, est injuste : الظّالم ظلاميّ والظّلاميّ ظالم.
Et de même, nous pouvons soutenir et dire de celui qui subit l’injustice qu’il est obscuré et obscurci : المظلوم مُظۡلِم.
Je rappelle à ce propos que, tant dans le recueil de Bukhari que dans celui de Muslim, on lit un ḥadîth attribué au Prophète Mohammed, qui confirme et renforce le principe d’une relation entre injustice, obscurité et obscurantisme :
“… الظُّلْمَ ظُلُماتٌ يومَ القيامةِ …”
Ce passage est habituellement traduit par :
“… l’injustice (الظُّلْمَ / al-ẓulm) est obscurités (ظُلُماتٌ / ẓulumāt) au jour du redressement…”.

 

Par conséquent, je traduis occasionnellement, mais sciemment, le mot “injuste” par “obscurantiste”. Nous lisons dans le verset 16 du chapitre 13 :
قُلْ هَلْ يَسْتَوِي الْأَعْمَى وَالْبَصِيرُ أَمْ هَلْ تَسْتَوِي الظُّلُمَاتُ وَالنُّورُ
«  Dis : “Est-ce que l’aveugle et le regardant s’ajustent ? Ou bien, est-ce que les obscurités et la lumière s’ajustent ?… »
Je rappelle ici que, contrairement à l’arabe qoranique, le terme “obscurantisme” n’existe dans la langue française que depuis le XIXe siècle, précisément depuis 1819, pour signifier l’hostilité aux Lumières.
Revenons à l’origine de l’Islâm du VIIe siècle, un homme, Mohammed, auquel les idoles répugnaient.
Il était surnommé “al-amîne“, qui signifie “l’assureur, le digne de confiance”. C’est à lui que Dieu accorda la Révélation, par l’intermédiaire d’un ange, Gabriel / “Jibrîl“, qui signifie “l’astreignant”.
Mohammed se trouvait dans une grotte nommée “Ḥirâ“, située aux environs de La Mecque, dans laquelle, depuis cinq ans, il se réfugiait pendant le mois de “ramaḍhân“, pour y méditer et réfléchir sur la création des cieux et de la Terre.
Quant au reste de l’année, il gérait les affaires de sa femme en tant que courtier de marchandises et, de ce fait, accompagnait des caravanes à travers le désert.
Dieu choisit toujours des humains humbles, mais non ordinaires. Il leur accorde de Sa lumière, c’est-à-dire de Sa science, et Il en fait des guides, des modèles, des exemples pour ceux qui savent raisonner et veulent s’ennoblir et s’élever.
En choisissant Mohammed, Dieu a distingué un homme qui vivait tout à fait communément et simplement, et Il lui a révélé, comme à tous les Prophètes, qu’Il Est son Dieu, Le Dieu de tous les humains, de toute la création.
Il Est Le sans-début-ni-fin, Il Est, Il Était, Il Sera toujours ; Il Est Le Trésor caché, Il Crée et Se fait Connaître.
En langue arabe, les mots “monde” et “savant” / عالم وعالم / “Σâlam” et “Σâlim” ont la même racine (Σ-L-M / ع ل م), qui donne en premier le mot “Σilm” / علم / “science, savoir, connaissance”.
Le monde est intimement lié au savoir, à la connaissance objective que l’on a de lui ; il n’existe qu’à travers cette information primordiale.
Le monde réel ne peut être perçu qu’au moyen de la connaissance scientifique, toute échappatoire est subjective ; en résultent les mythes et les légendes, synonymes de fétichisme et de superstition.
C’est ainsi que les anciens, sauf exception, ont conçu des mondes fabuleux et imaginaires de manière spéculative, sans véritables fondements scientifiques.
Néanmoins, ils avaient l’intuition que le monde a un sens et une raison d’être.
Cette intuition était amplifiée par un niveau inné et acquis de conscience de soi et du monde extérieur.
Ce niveau de conscience est particulier à l’humain, du moins à notre connaissance.
Et c’est cet état de fait qui est à l’origine de la recherche scientifique, et de ses résultats que nous constatons de nos jours et tous les jours.
Dans le Qorân, au verset 52 du chapitre 42, nous lisons une information fort intéressante au sujet des connaissances du Prophète Mohammed avant la Révélation :
وَكَذَلِكَ أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ رُوحًا مِنْ أَمْرِنَا مَا كُنْتَ تَدْرِي مَا الْكِتَابُ وَلَا الْإِيمَانُ وَلَكِنْ جَعَلْنَاهُ نُورًا نَهْدِي بِهِ مَنْ نَشَاءُ مِنْ عِبَادِنَا وَإِنَّكَ لَتَهْدِي إِلَى صِرَاطٍ مُسْتَقِيمٍ
« Et comme cela Nous avons Révélé vers toi un esprit de Notre Ordre, tu ne saisissais ce qu’est l’Écrit et ni l’assurance (la foi), mais Nous l’avons Formé lumière, Nous Guidons par elle quiconque Nous Disposons de Nos Serviteurs et certes que tu guides à un itinéraire ascendant »
Et pareillement, au verset 48 du chapitre 29 :
وَمَا كُنْتَ تَتْلُو مِنْ قَبْلِهِ مِنْ كِتَابٍ وَلَا تَخُطُّهُ بِيَمِينِكَ إِذًا لَارْتَابَ الْمُبْطِلُونَ
« Et tu ne relatais point d’écrit, avant lui [le Qorân], et n’en traçais point de ta droite (main) ; lors assurément auraient hésité les faussaires »
En langue arabe, les mots “assurance” et “foi” / “amn” et “îmân” / أمن وإيمان  ont la même racine (A-M-N / أ م ن), qui donne en premier le mot “amn” / أمن  / “assurance, sûreté, sécurité”.
Dans le langage qoranique, la foi s’acquiert par le savoir, en s’assurant et en assurant ; il s’agit bien plus que d’une croyance vague et relative.
Dieu Est Évident, rationnellement, on ne peut qu’en témoigner, et le témoignage doit se faire en connaissance de cause, en toute science et conscience.
“Le croyant”, que je traduis par “l’assurant”, s’assure et se sécurise, en s’instruisant du Fait de Dieu ; c’est ainsi qu’il devient sécurisé et sécurisant, assuré et assurant, “mu’min” / مؤمن.
Dieu Accorda donc à Mohammed la lumière, la science, contenue dans le Qorân, “al-furqân“, le Livre discernant : Son Livre, afin qu’il le communique aux humains.
Riche grâce à sa femme, estimé de ses parents et amis, considéré par ses concitoyens, Mohammed, devenu le dépositaire de la vérité, allait être éprouvé par le mal et par le bien, comme tous les Envoyés et Prophètes de Dieu avant lui, comme tous les justes, comme tous les humains.
Du verset 4 au verset 11, au chapitre 93, on lit :
وَلَلْآخِرَةُ خَيْرٌ لَكَ مِنَ الْأُولَى (٤) وَلَسَوْفَ يُعْطِيكَ رَبُّكَ فَتَرْضَى (٥) أَلَمْ يَجِدْكَ يَتِيمًا فَآوَى (٦) وَوَجَدَكَ ضَالًّا فَهَدَى (٧) وَوَجَدَكَ عَائِلًا فَأَغْنَى (٨) فَأَمَّا الْيَتِيمَ فَلَا تَقْهَرْ (٩) وَأَمَّا السَّائِلَ فَلَا تَنْهَرْ (١٠) وَأَمَّا بِنِعْمَةِ رَبِّكَ فَحَدِّثْ (١١)
« Et assurément la dernière [l’au-delà] est meilleure pour toi que la première [l’ici-bas] 4 Et assurément, distanciement, te Donnera Ton Maître, alors tu agréeras 5 Ne t’a-t-Il point Trouvé orphelin (privé), alors Il a Réfugié ? 6 Et Il t’a Trouvé égaré, alors Il a Guidé 7 Et Il t’a Trouvé haussier (courtier), alors Il a Enrichi 8 Alors quant à l’orphelin (privé), alors n’opprime point 9 Et quant au quêteur, alors ne reflue point 10 Et tant par la Grâce de Ton Maître, alors énonce 11 »
Mohammed reçoit un nouveau Livre Révélé, le Qorân. Celui-ci crédibilise, restaure et complémente les révélations antérieures ; il est dans la continuité du message divin, transmis par chaque Prophète, en son temps et à son peuple.
En cela, Mohammed est le sceau des Prophètes ; avec lui la Créance, la religion, est parachevée, le monothéisme est fixé définitivement.
Nous lisons au verset 40 du chapitre 33 :
مَا كَانَ مُحَمَّدٌ أَبَا أَحَدٍ مِنْ رِجَالِكُمْ وَلَكِنْ رَسُولَ اللَّهِ وَخَاتَمَ النَّبِيِّينَ وَكَانَ اللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمًا
« Mohammed n’était le père d’aucun de vos hommes, mais l’Envoyé de Dieu, et le sceau des annonciateurs (prophètes) ; et Dieu était par (de) toute chose Savant »
Et nous comprenons, plus explicitement, que l’Islâm scelle la Créance, la religion, à la lecture du verset 3 du chapitre 5. J’en cite un extrait :
الْيَوْمَ يَئِسَ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ دِينِكُمْ فَلَا تَخْشَوْهُمْ وَاخْشَوْنِ الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا
« … Ce jour ont désespéré ceux qui ont dénigré de votre créance (religion), alors ne les appréhendez point, et appréhendez-Moi ! Ce jour J’ai Complémenté pour vous votre créance (religion), et J’ai Parfait sur vous Ma Grâce, et J’ai Agréé pour vous l’Islâm (la Pacification) en tant que créancier (religiosité)… »
Et aux versets 18 et 19 du chapitre 3 nous lisons :
شَهِدَ اللَّهُ أَنَّهُ لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ وَالْمَلَائِكَةُ وَأُولُو الْعِلْمِ قَائِمًا بِالْقِسْطِ لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ (١٨) إِنَّ الدِّينَ عِنْدَ اللَّهِ الْإِسْلَامُ وَمَا اخْتَلَفَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ إِلَّا مِنْ بَعْدِ مَا جَاءَهُمُ الْعِلْمُ بَغْيًا بَيْنَهُمْ وَمَنْ يَكْفُرْ بِآيَاتِ اللَّهِ فَإِنَّ اللَّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ (١٩)
« Dieu a Témoigné, et les anges (possesseurs) et les primés du savoir, que certes il n’y a de Dieu que Lui, Adressant par l’équité ; Il n’y a de Dieu que Lui, Le Considérable, Le Jugeant 18 Certes la créance (religion) Auprès de Dieu est l’Islâm (la Pacification) ; et n’ont divergé ceux à qui a été Rapporté l’Écrit qu’après que leur est venu le savoir, brigue entre eux ; et quiconque dénigre les Signes (Versets) de Dieu, alors certes Dieu Est Prompt au calcul 19 »
Le monothéisme est donc désormais fixé par la venue de Mohammed. Dès lors, le polythéisme qui, malgré l’émergence du Judaïsme et du Christianisme, restait largement prépondérant depuis les temps les plus reculés, se mit à décliner.
Encore plus de nos jours, avec l’essor sans précédent des sciences, le thème central, même et surtout chez les savants théistes, c’est Dieu L’Unique !
L’on désigne par verset du trône le verset 255 du chapitre 2, qui énonce magistralement :
اللَّهُ لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ لَا تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ لَهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ مَنْ ذَا الَّذِي يَشْفَعُ عِنْدَهُ إِلَّا بِإِذْنِهِ يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ وَلَا يُحِيطُونَ بِشَيْءٍ مِنْ عِلْمِهِ إِلَّا بِمَا شَاءَ وَسِعَ كُرْسِيُّهُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَلَا يَئُودُهُ حِفْظُهُمَا وَهُوَ الْعَلِيُّ الْعَظِيمُ
« Dieu ! Il n’y a de Dieu que Lui, Le Vivant, Le Dressant ; ne Le prend ni somnolence et ni sommeil, pour Lui ce qui est en les cieux et ce qui est en la terre ; qui donc intercède auprès de Lui, excepté par Sa Permission ? Il Sait ce qui est entre leurs mains et ce qu’est leur succession, et ils ne cernent par une chose de Son Savoir, excepté par ce qu’Il a Disposé. Son Siège s’est amplifié aux cieux et à la terre, et ne L’affecte leur Conservation, et Il Est Le Haut, L’Immense »
D’autre part, l’on considère que réciter trois fois de suite le chapitre 112 équivaut à lire la totalité du Qorân ; c’est dire son importance :
بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ (١) اللَّهُ الصَّمَدُ (٢) لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ (٣) وَلَمْ يَكُنْ لَهُ كُفُوًا أَحَدٌ (٤)
« AU NOM DE DIEU L’ORIGINE L’ARRANGEANT. Dis : “Il Est Dieu Unique 1 Dieu L’Absolu 2 Il n’a point enfanté et Il n’a point été enfanté 3 Et Il n’a point eu pour Lui un comparable, aucun” 4 »
Les versets 22 à 24 du chapitre 59 illustrent, parmi d’autres encore, l’insistance du Qorân sur le monothéisme purissime :
هُوَ اللَّهُ الَّذِي لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ عَالِمُ الْغَيْبِ وَالشَّهَادَةِ هُوَ الرَّحْمَنُ الرَّحِيمُ (٢٢) هُوَ اللَّهُ الَّذِي لَا إِلَهَ إِلَّا هُوَ الْمَلِكُ الْقُدُّوسُ السَّلَامُ الْمُؤْمِنُ الْمُهَيْمِنُ الْعَزِيزُ الْجَبَّارُ الْمُتَكَبِّرُ سُبْحَانَ اللَّهِ عَمَّا يُشْرِكُونَ (٢٣) هُوَ اللَّهُ الْخَالِقُ الْبَارِئُ الْمُصَوِّرُ لَهُ الْأَسْمَاءُ الْحُسْنَى يُسَبِّحُ لَهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَهُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ (٢٤)
« Il Est Dieu ! Lui, il n’y a de Dieu que Lui, Le Savant de l’occulte et du témoignage, Il Est L’Origine, L’Arrangeant 22 Il Est Dieu ! Lui, il n’y a de Dieu que Lui, Le Possédant, Le Tout-Saint, La Paix, L’Assurant, Le Rassérénant, Le Considérable, L’Impérieux, Le Magnifique ; Gloire à Dieu ! Au-dessus de ce qu’ils associent 23 Il Est Dieu ! Le Créateur, L’Exemptant, Le Configurant ; pour Lui les Noms Excellentissimes ; glorifie pour Lui ce qui est en les cieux et la terre ; et Il Est Le Considérable, Le Jugeant 24 »
Je voudrais préciser ici, en relation avec la partie du verset que j’ai cité auparavant, verset 3, chapitre 5, distinctement cette phrase :
“…الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا
« …Ce jour J’ai Complémenté pour vous votre créance (religion) et J’ai Parfait sur vous Ma Grâce, et J’ai Agréé pour vous l’Islâm (la Pacification) en tant que créancier (religiosité)…»
Ce verset est le dernier à avoir été révélé, concernant le licite et l’illicite, le fond et la forme de l’Islâm ; c’est le point final de la Révélation à ce sujet.
L’Islâm, première et dernière religion révélée, était entier et agréé comme tel à partir de ce jour.
Tout ajout postérieur à cette révélation relève des multiples circonstances de l’histoire des musulmans, et ne peut être considéré comme faisant partie du canon de l’Islâm.
Dire le contraire, c’est énoncer que la religion musulmane n’a pas été complémentée à la révélation de ce verset, contrairement à ce qu’il affirme.
C’est pourtant ce que font les traditionalistes, puisqu’ils considèrent les textes de la tradition, ultérieurs à la révélation du Qorân, comme sacrés et complémentant la religion. C’est leur credo, leur dogme.
C’est une façon aberrante de dire que la parole de Dieu, contenue dans le Qorân, a besoin de leur tradition pour exister. Gloire à Dieu au-dessus de ce qu’ils décrivent.
On verra la suite la prochaine fois incha’Allah.
Louange à Dieu Maître des mondes.
        والحمد لله رب العالمين

 

[1] chapitre 20, versets 25 à 28.

[2] Chapitre 20, verset 80.

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